Philippe Gasnier et Patrice Nezan - Zanzibar Musical Club (2010)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/01-13/zanzibarmusicalclub_front.jpg Zanzibar Musical Club par Philippe Gasnier et Patrice Nezan 3341348602004

Une rencontre vivante avec le taarab, musique aux envolées orientales et africaines typique de Zanzibar et Mombasa, filmée dans son univers quotidien, sonore et coloré.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 12
Type de produit: 
DVD

Zanzibar Musical Club

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Date de parution: 
2010
Réf
types de supports: 
DVD
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Le mirage orientalisant du taarab orchestral égyptien atteint la côte Est africaine à son âge d’or. A Zanzibar, il trouve écho dans la chanson lyrique ancienne de langue swahili, métaphore poétique que ne renierait pas La Fontaine. Depuis 1958, le Culture Musical Club, prestigieux orchestre de taarab, réunissait jusqu’à récemment à Vuga Road ce que Stone Town comptait d’instrumentistes amateurs.

Au documentaire, Patrice Nezan et Philippe Gasnier ont préféré le genre film original de la B.O. On suit ici ces quadragénaires nostalgiques dans la crudité de leur quotidien, univers sonore aux milles bruits prosaïques : cocoricos, ruelles, marchés, conversations impromptues... Bi Kidude, diva compassée et doyenne, apparaît par exemple dans le dénuement de sa cuisine.

Au milieu de ce brouhaha laborieux, le taarab émerge au détour d’un éclat de rire, une phrase amoureuse marmonnée, un air fredonné inopinément. Patchwork sonore forcément ponctué par les extraits tronqués des répétitions.

Par une succession de brefs plans fixes, le réalisateur raconte la quiétude de la vie de quartier. Il intercale des scènes de vie à celle d’un bal spontané kidumbak ou encore à un florilège de refrains de Maulidi ya Homu. Avec ses seuls sous-titres pour tout commentaire, ce kaléidoscope acoustique détoure les personnalités : le spectateur devinera Rukia, la somptueuse, Makame, le-narquois, Amina, l’irrévérencieuse, Zein, le-facétieux, ou Fatma, l’insouciante.

Mohammed Ahmed, ami indéfectible de Werner Graebner, est ici particulièrement attendrissant sur sa version a cappella de Kunguru. Toute la dualité de la poésie swahilie est résumée dans ses couplets essoufflés.

Les amateurs ne sont pas en reste avec le naturel de Sindano Uwa Na Uzi par Zein l’Abdin, filmé dans son antre de Kibokoni (Mombasa, au Kenya), ou encore l’improvisation solitaire au benju sur Kiwakeracho de son compère Mohammed Bwana. Tout aussi intéressant : quelques prises de la trop rare Amina Abdallah Mzee, et notamment un étonnant Wambeya pris sur le vif lors d’un mariage nocturne à Mombasa. Ici, la jeune espoir bajuni conjugue l’invective mipasho avec le style de la grande Zuhura Swaleh.

Entre flashes et instants de quiétude intemporelle, l’auditeur est le jeu de la mémoire sélective du voyageur. Et même si le béotien s’égare parmi tant de plans tronqués muets, respirations nécessaires ou couplets inachevés, le film agit néanmoins comme une véritable boîte à musique. Une écoute avant d’aller voir.

Par Pierre d’Hérouville | akhaba.com

Bi Kidude, agée de 100 ans, et le Culture Musical Club interprétent "Kijiti" à Zanzibar