Gétatchèw Mèkurya and The Ex - 11 Ethio-Punk Songs (2007)

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Le genre éthio-punk est né en 2006 de la rencontre scénique de Gétatchèw Mèkurya, le saxophoniste culte de l’éthio-jazz, avec le groupe post-punk néerlandais The Ex.

"Médias > Musique"
EUR 12
Type de produit: 
DVD
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11 Ethio-Punk Songs

Date de parution: 
2007
Réf
types de supports: 
DVD
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« Si tu vois une chèvre dans le repaire d'un lion, aie peur d'elle. » dit le proverbe. A fortiori lorsque le rock expérimental de The Ex s'introduit dans l'antre de Gétatchèw Mèkurya, le saxophoniste décoiffant de l'éthio-jazz. Par quel accident de casting ces post-punks anarchistes bataves se retrouvent-ils à défier le vieux lion ?

Depuis 1979, The Ex écume davantage l'underground d'Amsterdam que la rubrique « Musiques du Monde », fût-elle urbaine. Emules néerlandaises de PIL et de Einstürzende Neubauten, ses fondateurs iconoclastes ont tiré leurs instruments à la courte paille, dit la légende. Dans les décennies qui suivent, ils errent au gré d'expériences d’avant-garde jazz et de musique improvisée, s'acoquinant même, dans les années 1990, avec les groupes de post-hardcore américains Shellac et Fugazi.

En 2004, The Ex offre ses services à Francis Falceto sur la tournée Azmari au Benelux. Ainsi débute des rencontres musicales qui monopolisent jusqu'à nos jours les African Series du label néerlandais Terp Records, et, par un juste retour des choses, nombre de DVD Ethiosonic filmés de concert avec Stéphane Jourdain.

Pour the Ex, cette première tournée avec Han Bennink, Gétatchèw Mèkurya et Mohammed Jimmy Mohammed fait date. « Je n'oublierai jamais combien Jimmy était épaté par Katarina (la batteuse des Ex), particulièrement quand elle chantait une chanson de Tlahoun : "Mesak Isikalehu." » se souvient le guitariste-fondateur Terrie Hessels. A la disparition de Mohammed Jimmy Mohammed en 2005, le projet de Terrie s’oriente naturellement vers Gétatchèw.

Ethio-jazz, shellèla, post-punk... cette fois ci il n'est plus question de figuration. Le projet autoproclamé « éthio-punk » d'un album avec Gétatchèw suscite donc une curiosité légitime. Ce sera Moa Anbessa (Terp Records, 2006). Les guitares noise rock y cédant parfois aux featuring, il s'inscrit dans l'unique constante du groupe : l'imprévisible.

De cet album, le présent DVD présente un patchwork arty de séquences au studio Jottem (Pays-Bas) et de vidéos tournées sur scènes, le tout fonctionnant un peu comme un concert. Nombre de prises remontent au festival Banlieues Bleues à Bobigny en 2006, tandis que les titres Tezalègn yètendu et Netotnè mettent plutôt en scène leur mise au point en studio. Asnake Gebreyes, le danseur-percussionniste de Mohammed Jimmy Mohammed apparait sporadiquement.

Le chat n'est pas tenu de vivre selon les lois du lion. The Ex a pourtant rêvé ce projet comme un album de reprises – certes retravaillées – du saxophoniste. Pour ce faire, il a musclé la formation de la clarinette et des cuivres de quelques « amis ». Et voici les barrissements de Joost Buis (trombone) sur Ethiopia hagèré, ou encore l'étonnant solo de Xavier Charles (clarinette) sur Eywat Setenafegagn. Avec de tels renforts, les ambiances éthio-jazz surnagent largement sur Sethéd sekètèlat et quelques autres titres. Paré sur scène d'une coiffe traditionnelle en crinière de lion, Gétatchèw rugit à nouveau au sax ses fameux shellèla tribaux ; à leur paroxysme, par exemple, sur Tezeta. On attendait le roi-lézard, ce fut le roi-lion.

Ce faisant, au fil des morceaux, les contours de l'énigmatique éthio-punk se dégagent : puissance sonore, ton incantatoire, instants éphémères, énergie... Les deux genres se découvrent des synergies insoupçonnées. Les murs de guitares de The Ex rugissent un vacarme ambiant soigné. Enveloppé de ce brouillard électrique anxiogène, Aynotché tèrabu/Shèmonmwanayé est par exemple métamorphosé en odyssée sonore. Le temps d'une déclamation habitée, la voix de G.W. Sok vole aux guitares leur diction monocorde. Cette fusion musicale émulsive dégage une énergie particulièrement inouïe pour Gétatchèw. Lequel des deux était vraiment le lion ?

L'expérience marque une nouvelle étape pour l'audacieux Gétatchèw. Sur la scène du concert Banlieues Bleues, de nombreux franciliens découvriront son saxophone éruptif pour la première fois sous cette forme. Qu'ils sont loin, la vièle masenqo de ses jeunes années, et l'orgue Hammond de Gétatchèw Dègéfu! Le patriarche fait montre ici d'une jeunesse étonnante. L’éthio-punk survivra même au départ du chanteur G.W. Sok en 2008, pour se concrétiser dans un second album avec Gétatchèw Mèkurya : Y'anbessaw tezeta (Terp Records, 2012).

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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