Sia Tolno

portrait

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Photo : N’Krumah Lawson-Daku | Lusafrica

Biographie

Sia Tolno est véritablement entrée sur la scène internationale quand le plus célèbre des chanteurs gabonais, Pierre Akendengué, la fait découvrir à son ami et producteur parisiano-capverdien José da Silva. Ce dernier signe aussitôt la jeune femme sur son label Lusafrica (Cesaria Evora, Lura, Teofilo Chantre, Mario Lucio...) et publie en 2009, Eh Sanga (souffrance). Ce premier disque international de la chanteuse est enregistré entre Paris, La Havane, le Cap-Vert et surtout dans la capitale guinéenne, Conakry, avec les arrangements de l'illustre compatriote de Sia, Kanté Manfila, disparu en juillet 2011, qui avait judicieusement mêlé la voix exceptionnelle de Sia avec sa guitare, les kamele ngoni, piano, balafon, congas, djembé, saxophone, accordéon.

Il faut dire que Sia Tolno s'est révélée hors de son pays natal en 2008 à Libreville, Gabon, dans le cadre de TV Africa Stars, émission très populaire faisant découvrir de nouveaux artistes africains et où la chanteuse représentait alors la Guinée et terminait quatrième. Pierre Akendengué a remarqué le fort potentiel de Sia. D'ailleurs, c'est à Conakry qu'elle a été découverte par un producteur qui lui fait signer en 2002 son premier enregistrement récompensé par un Djembé d'or comme meilleure voix féminine. Un timbre puissant et brûlant que la chanteuse s'est forgée en passant les dures épreuves d'une première vie et qui la fait comparaître à son idole, la prestigieuse Sud-Africaine Miriam Makeba (1932-2008). Le premier album international de Sia Tolno ne s'appelle pas pour rien Eh Sanga, souffrance.

Sia est née le 21 février 1975 à Guéckédou, en pays Kissi, dans le sud-est guinéen. Région qui a peu à voir avec la Guinée mandingue par son ethnie, sa culture, sa géographie équatoriale, forêt dense et pluviométrie abondante, et où se côtoient les kissi, mendi, soussou,  français, anglais, langues dans lesquelles chante Sia. Les Kissi sont partagés entre la Guinée Conakry, ancienne colonie française, le Liberia, créé au XIXe siècle par les Américains pour accueillir les affranchis afro-américains, et la Sierra Leone, ex-possession britannique. C'est à Freetown, capitale de ce pays, que Sia grandit auprès d'un père y enseignant le français et levant régulièrement la main sur son enfant, et deux marâtres qui la martyrisent.

Elle rêve de devenir avocate et se réfugie dans l'écriture en s'inventant des histoires qui la délivrent de l'enfer domestique. Elle se fait remarquer dans le cour de théâtre scolaire pour sa diction parfaite, un voix modulable à souhait, et l'aisance de sa gestuelle, des atouts dont elle se sert aujourd'hui sur scène. Sia s'est abritée chez un oncle, malgré la promiscuité suffocante dans un appartement partagé par une trentaine de personnes. A dix-neuf ans, elle réussit son baccalauréat, puis suit des études d’informatique et chante au gré des invitations dans les restos à l'africaine, les maquis, les clubs de nuit. C’est ainsi qu'elle est recrutée par le chanteur Steady Bongo, alors à la recherche d’une choriste.

Mais ce début de professionnalisation est vite contrarié par l'extension de la guerre civile déclenchée en 1991 par des chefs locaux pour contrôler les mines de diamant du pays et qui durera jusqu'en 2002, faisant entre 100 et 200 000 morts, dont des enfants soldats enrôlés de force, et déplacer 2 millions de personnes. Une désastre humain qui marquera les chansons de Sia Tolno, qui déplorera aussi dans ses textes l’esclavagisme, la dureté de la conditions des femmes en Afrique, sans oublier des déclarations d'amour enflammées.

Sia a aussi fui la Sierra Leone pour retourner à Guéckédou. Là aussi, la guerre finit par arriver et faire détruire une bonne partie de la ville. Sia organisera des concerts pour aider les exilés. Elle se réfugie au début des années 2000 à Conakry où elle retrouve des musiciens du Sierra Leone. Elle commence à chanter dans les clubs de la capitale guinéenne, captivant le public par son chant souverain, son sens inné de la scène, reprenant souvent ses idoles telles Whitney Houston, Tina Turner, et surtout les divas Miriam Makeba, Nina Simone (1933-2003) ou Edith Piaf (1915-1963). Des références qui inspirent la beauté de son second album international rythmé par l'afrobeat, le funk, la rumba congolaise, un zeste de musique mandingue, sorti en fin d'été 2011, My Life, tout un programme. 

Par Hadi Omar | akhaba.com

Un portrait De Sia Tolno réalisé par Quartz Vision (2011)

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