Esma Redzepova

portrait

Description: 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo : Vlado Georgiev

Biographie

Née en 1943 à Skopje, capitale de la Macédoine, Esma s’est fait remarquer en 1956 en chantant pour la première fois à la radio lors d’une émission ouverte aux chanteurs amateurs. Séduit par cette voix exceptionnelle, le compositeur et musicien réputé Stevo Teodosievki frappe à la porte des parents pour les convaincre d’inscrire leur enfant prodige à l’Académie musicale de Belgrade. Esma y apprend la rigueur, un chant qui remonte jusqu’à l’Antiquité, nourri de toutes les influences, d’Europe orientale, de Méditerranée jusqu’à l’Inde et la Perse. Maîtrisant pratiquement tous les styles musicaux de tous les terroirs de la Yougoslavie, le couple (Stevo a épousé Esma à ses vingt-trois ans) devient une sorte d’ambassadeur de la culture yougoslave qu’il présente, costumes traditionnels compris, sur les cinq continents, notamment dans les pays socialistes et ceux dits non alignés alors que la guerre froide est bien lancée.

Esma a démarré sa carrière internationale en 1961 à Berlin, peu avant la construction du mur. L’année suivante, elle chante à Paris, à l’Olympia. Esma Redzepova a rencontré ainsi nombre de grands de ce monde. Nominée pour le prix Nobel de la paix, elle devient ambassadrice de la paix des Nations Unies et de l’Unicef. Esma connaît le prix de la paix depuis le naufrage de la Yougoslavie dont la Macédoine, son pays, s’est séparée en 1991, pour devenir avec ses deux millions d’habitants le plus petit Etat des Balkans.
En 1976, Esma Redzepova éblouit des dizaines de milliers de spectateurs lors du premier festival mondial de musique rom en Inde, le pays d’où seraient partis les gens du voyage, il y a 1 000 ans. Les Indiens l’acclament « Reine des tsiganes », une appellation qui ne la quittera plus.

La chanteuse macédoine fera longtemps les beaux jours de la musique traditionnelle de l’ex-fédération yougoslave, depuis le temps du maréchal Tito, avec son mari à l’accordéon. Joviale, portant parfois des tenues inimaginables, Esma Redzepova est une légende : des centaines de chansons interprétées, plusieurs disques de platine et d’or, des milliers de concerts. Et aussi quarante-sept orphelins et enfants des rues qu’elle a adoptés avec son mari (le couple ne pouvant avoir des enfants) et à qui ils ont donné une formation musicale. Aujourd’hui, plusieurs d’entre eux forment le groupe de leur maman adoptive.

Esma chante d’une voix ample et rauque qui se lamente jusqu’au rugissement d’une lionne blessée par un amour sans retour, arrachant des larmes au public. Et dire qu’à la mort de Stevo en 1997, la diva de la saudade gitane voulait se retirer dans un couvent. Un an sans chanter avant de réaliser qu’elle perpétuera son souvenir en chantant toujours les compositions de Stevo.

La cantatrice de tous les roms chante Dzelem Dzezlem, la ballade fédératrice des gens du voyage : « O gitans vous n’avez ni berceau ni cercueil/A part la chanson ». Esma déclame depuis plus d’un demi-siècle d’une voix puissante et écorchée des choses de la vie, tel le chagrin de la séparation, le mariage forcé, des histoires pas forcément roses. Mais souvent son blues déchirant se mue en groove heureux qui nous plonge dans l’ambiance festive d’une réjouissance familiale ou une ronde sans frontières, rythmée d’accordéon, trompette, clarinette, guitare, contrebasse, derbouka. Esma chochek (Esma chante) : « Frères et sœurs écoutez/Esma vous envoie un message/Venez tous chantons/Pour nous guérir l’âme/Chantez ma chanson/Guérissez-vous l’âme/Faites-vous du bien ». Message bien reçu.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com

Discographie
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