Boubacar Traoré

portrait

Description: 

 

 

 

 

Photos : Lusafrica

Biographie

Boubacar “Kar Kar” Traoré porte en lui toutes les beautés du blues malien. Aucune autre voix que celle de Kar Kar (celui qui sait dribbler, surnom donné par ses amis, amateurs de football comme lui) ne mêle avec une authenticité aussi émouvante les limons musicaux du fleuve Niger à ceux du Mississippi. Son jeu de guitare autodidacte doit beaucoup à la kora dont il s'est inspiré. Mais, on y trouve des couleurs et un phrasé qui rappellent ceux des grands bluesmen noirs américains. La vingtaine dans les années 1960 marquées par l'euphorie des indépendances africaines, Boubacar Traoré était l'Elvis Presley malien. Le premier, bien avant son cadet Ali Farka Touré (1939-2006), à jouer une musique d'inspiration mandingue avec une guitare électrique. A cette époque, les Maliens se réveillaient au son de la voix mélancolique et de la guitare saturée de Boubacar.

Des tubes comme Mali Twist (« Enfants du Mali indépendant prenons-nous en charge/Que tous les jeunes reviennent au  pays/Ensemble édifions la patrie »), et Kayeba faisaient danser une génération qui découvrait la liberté. Mais, le 19 novembre 1968 un vent aigre s'abattit sur le Mali : le régime socialiste de Modibo Keita est balayé par un coup d'Etat militaire. Kar Kar et ses chansons disparaissent des ondes. Revenu sans un sou dans sa ville natale, Kayes, en pays Khassonké au nord-ouest de Bamako, Boubacar devient travailleur agricole, ouvre une boutique avec son frère aîné — celui qui lui a fait découvrir et offert sa première guitare.

Il est redécouvert en 1987 par des journalistes de la télé nationale de passage à Kayes : « Kar, il faut venir à Bamako. Depuis que la télévision existe, on ne t'a jamais vu. Il faut que tout le monde sache que tu n'es pas mort, que tu vis ». C’est une deuxième naissance de l’artiste : « Les gens étaient étonnés de me voir. Pour la plupart, ils ne m'avaient entendu qu'à la radio », déclare-t-il. Mais le destin vient briser la renaissance de Kar Kar à la musique. Pierrette, la belle métisse, sa femme, sa muse, meurt en mettant au monde leur dernier enfant. Désespéré, anéanti, Kar Kar devient une ombre. C'est à ce moment qu'il décide de chercher du travail à Paris où il rejoint les travailleurs immigrés maliens, soit deux ans dans le bâtiment.

De Barbès et du foyer de Montreuil, où il se produit un peu, il garde pour mémoire cette casquette plate qui couronne désormais sa haute silhouette. C'est à ce moment qu'un producteur anglais le retrouve et lui fait enregistrer son premier album Mariama en 1990. Déchirante, dépouillée, mélancolique, la musique de Kar Kar n'est plus celle du jeune homme des années 1960. Elle est devenue l'expression d'un homme mûr qui exprime ses douleurs et ses joies, toujours avec cette voix nimbée de nostalgie. Après ce disque, tout s’emballe. Boubacar enregistre six albums, rattrape le temps perdu et conquiert les scènes d’Europe puis celles des Etats-Unis et du Canada.

L’enregistrement de Mali Denhou, son premier album depuis 2005, a été réalisé, dans une ambiance chaleureuse et studieuse, en juin 2010 au studio Moffou de Salif Keita. C'est avec son vieux complice Madieye Niang à la calebasse et Vincent Bucher à l'harmonica que les premières prises se sont déroulées, dans les conditions du live. Vincent Bucher est certainement l’un des meilleurs harmonicistes actuels. Vincent a su parfaitement intégrer l'univers si particulier de Kar Kar. Celui-ci ne tarit pas d’éloges sur cet instrumentiste qui apporte à sa musique une émotion et une fluidité exceptionnelles. Au Mali, Boubacar Traoré est respecté et reconnu, surtout par les jeunes qui redécouvrent l’un des pères fondateurs de la musique moderne mandingue. Quand il rentre de ses tournées internationales, Kar Kar rejoint la concession qu'il a achetée sur une colline de Bamako où il élève des moutons et cultive un potager dont il est très fier. « Au Mali, tout le monde est agriculteur. C'est le plus sûr moyen pour vivre », dit-il simplement.

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