Bonga

portrait

Description: 

 

 

 

 

 

 

 

 


Photos : Lusafrica

Biographie

Figure de proue de la musique angolaise, Bonga tutoie les étoiles et a donné tout son sens à la notion, aussi plurielle soit-elle, d’africanité. De Luanda à Rotterdam, de Paris à Lisbonne et partout ailleurs, Bonga appartient à une caste de chanteurs africains ayant sublimé leurs racines. Immédiatement identifiable, grâce à une voix râpeuse et puissante, il saisit l’auditeur d’un bout à l’autre de ses chants nourris par le semba des pêcheurs de Luanda.
Né José Adelino Barcelo de Carvalho en 1943, à Kipri, il change son nom en Bonga Kuenda à l’adolescence, reflet d’une prise de conscience aiguë à l’égard de la colonisation portugaise. Il apprend la musique auprès de son père, pêcheur et accordéoniste. Il comprend très vite la portée qu’elle peut avoir, reliée aux aspirations politiques de sa génération et à une veine mélancolique inépuisable. Ses principes sont restés immuables, comme il s’en est toujours expliqué : « Toute la culture angolaise était sous domination portugaise, les langues traditionnelles étaient bannies, les musiques africaines également. Sans armes pour se battre, on résistait au niveau culturel, en créant notamment des formations de musiques folkloriques comme Kissueia, mon premier groupe avec lequel j’interprétais des chansons qui renouaient avec les formes africaines ancestrales, tout en évoquant clairement dans leurs textes le contexte troublé de l’époque, la misère, la violence coloniale, la révolte latente ». Ses talents d’athlète lui valent d’aller au Portugal au milieu des années 1960, où il devient ironiquement champion national du 400 m sous son nom de naissance, alors qu’il s’engage en parallèle dans le Mouvement Populaire pour la Libération de l’Angola ! Lorsque le régime salazariste s’aperçoit de sa duplicité, il a juste le temps de s’exiler à Rotterdam, aux Pays-Bas.
En 1972, il y enregistre un premier album sobrement intitulé Angola 72, aux accents déchirants. Ce disque fondamental devient rapidement une sorte de bande-son de la lutte d’indépendance angolaise. Ses semelles de vent le poussent ensuite à Paris, où il enregistre un deuxième album tout aussi important que le premier, Angola 74, où l’on retrouve notamment une version magnifique de Sodade, que popularisera Cesaria Evora près de vingt ans plus tard. La dictature portugaise déchue à Lisbonne et l’Angola devenue indépendant, Bonga retourne ensuite vivre entre Lisbonne et Luanda, où il remporte de nombreux succès, tout en refusant d’endosser le costume de Julio Iglesias lusophone que certains producteurs français auraient voulu lui voir endosser.
Il faut attendre l’année 2000 pour qu’il signe sur label Lusafrica, publiant dans la foulée l’irrésistible Mulemba Xangola, chanté en duo avec Lura. Ce titre évoque des thèmes universels à l’actualité troublante. D’une certaine manière, ce disque aux accents de réconciliation nationale marque la fin du conflit angolais. Tout aussi cosmopolites, dansants et porteurs d’une revendication identitaire forte, les albums Kaxexe en 2003, Maiorais en 2005 et Bairro en 2008 parachèvent la légende d’un chanteur en mouvement permanent.
A l’image de sa présence scénique, on ne peut pas arrêter Bonga lorsqu’il parle de son pays, des étoiles dans les yeux et des trémolos dans sa voix, chaude et rauque. Il habite pourtant entre Lisbonne et Paris depuis une trentaine d’années. Son parcours personnel n’en demeure pas moins redoutablement cohérent : « J’ai commencé ma carrière dans la contestation. J’ai d’abord critiqué les Portugais, puis les miens. Le peuple a perdu au final. L’Angola possède des richesses incroyables. On aspire aujourd’hui à être heureux. Je ne veux pas faire de politique. Je suis trop vrai dans ce que j’exprime. Je ne suis pas le genre de personne à attendre que la liberté s’annonce ».
Déjouant les frontières géographiques et musicales, avec un chant et des compositions à base de guitare, cavaquinho, dikanza, congas, qui parlent au plus grand nombre, Bonga est le chantre d’une africanité sublimée.

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