Ali Reza Ghorbani

portrait

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Photo Reza Webistan

Biographie

Ali Reza Ghorbani, c'est un peu le paradoxe de l'ampoule allumée en plein jour : aussi grosse soit elle, on ne peut distinguer son éclat propre au soleil de midi. En effet, la scène sonnati où il exerce n'a eu de cesse d'être dominée par la voix sublime de Mohammad Reza Shajarian, depuis qu'il s'est lancé dans cet art. On ne sait pas grand-chose de ses débuts. Ali Reza serait passé à l'adolescence de la cantillation coranique au chant classique persan. Parmi ses maîtres de musique, il revendique le cantateur Mehdi Fallah ainsi qu'Hossein Omoumi, le maître du ney.

Le public ne le découvre vraiment à la scène qu'avec ses débuts dans l'Orchestre National d'Iran de Farhad Fakhreddini, en 1999. Entre 1999 et 2002, le cantateur multiplie les « featuring » sur les bandes originales de programmes télévisés de Fakhreddini pour Soroush Multimedia Corporation, la production audiovisuelle de la Radio-Télévision de la République Islamique d’Iran – ou IRIB –. Ghorbani y interprète notamment le générique de la série Shab-e-Dahom (La Dixième Nuit, Soroush Media, 2002) de Fardin Khalatbari, une dramaturgie de l’interdiction des commémorations collectives de Kerbala sous Reza Shah Pahlavi. Diffusée à l'époque sur les canaux du régime, la série familiarise le public de l'IRIB avec sa voix.

Ces débuts convenus tranchent avec la suite. L'hommage au grand poète Ferdowsi, Az khesht va khak (Barbad Music, 2005), initie trois collaborations inspirées avec le compositeur Sadegh Cheraghi. 2005 est aussi une année de tournées suite à l’enregistrement en France de l’album Calligraphies vocales avec le virtuose Daryoush Tala'i. Le point de départ de sa diffusion internationale par le label Accords Croisés. En 2006, le public iranien est saisi par l'émotion particulière avec laquelle il reprend des standards du compositeur Ali Tajvidi (1919-2006), au cours des hommages officiels qui suivent sa disparition. Un haut fait immortalisé discographiquement huit années plus tard par l’album Raftam-o bar-e Safar Bastam (Barbad Music, 2014). Sa technique irréprochable et son timbre puissant le promettent ainsi au firmament du genre. La reconnaissance de la profession est d'ailleurs manifeste quand Majid Derakhshani, principal compositeur/arrangeur de Shajarian à l'époque, lui écrit l'album Fasl-e-Baran (Soroush Media, 2011).

Dès lors, son agenda est bien rempli. Les labels Barbad Music (Iran) et Accords Croisés (France) se partagent sa diffusion. « Nul n'est prophète en son pays ». D'une main, Ghorbani intègre, lors de ses tournées, l'attraction manifeste du public occidental pour ses créations les plus sonnati. Pour les commémorations des huit cents ans de Rumi, il mène de front Les chants brûlés (Accords Croisés, 2010) en Europe, et le magistral Bar Samae Tanbur (2012) avec l'ensemble Shams, pour le public iranien. Logiquement, Accords Croisés produit peu après ses projets Ivresses Le sacre de Khayyâm (2010) et Éperdument… Chants d’amour persans (2015), où le mimétisme vocal avec Shajarian se fait de plus en plus ténu. S'intercalent aussi d'innombrables dates sporadiques à Londres ou à Paris, sur d'autres répertoires inédits.

D'une autre main, ce « clientélisme » contraste avec un virage artistique récent dans son pays. En effet, l'éclipse discographique de Mohammad Reza Shajarian depuis 2009 y occasionne l'ascension de jeunes voix : Aghili, Ghorbani, Homayoun Shajarian ou bientôt Ali Zand Vakili, pour ne parler que des hommes. Avec eux, le public iranien s'enflamme à présent pour les poésies d'auteur modernes et leurs orchestrations délicieusement ambiguës, quelque part entre sonnati et pop sentimentaliste. Une avalanche de piano, de cordes ou de guitares andalouses sous la plume de Sohrab Pournazeri, de Mahyar Alizadeh ou de Fardin Khalatbari. Grâce à eux, les ténors montants multiplient les échappées du beau chant vers un son pop.

La suavité facile de ce genre hybride assujettit le tahrir classique de façon redoutable. Ghorbani n'en a pas raté un épisode. Le triomphe local de son Harigh-e Khazan (Barbad Music, 2012) tient en partie aux arrangements « ambient » de Mahyar Alizadeh sur le splendide Bigharar. Ambiguïté encore sur le titre sorti en 2014, Naro (Ne pars pas), qui semble répondre au très remarqué Chera rafti (Pourquoi es-tu partie ?) d'Homayoun Shajarian, la même année. Est-ce le sonnati de demain? Nul doute que, quarante ans après les esquisses magistrales de Gholam-Hossein Banan (1911-1986), une petite révolution semble en marche.

L’encre de la postérité sonnati d’Ali Reza Ghorbani n’est pas encore sèche. Son avenir immédiat est néanmoins serein. Un goût sûr, des mérites reconnus et une créativité débordante… en voilà bien assez pour que ses prochaines incartades en terra incognita ne lui prodiguent que ce qu'il a longtemps espéré : l'éclat.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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