Papa Noël Nedule

portrait
Papa Noël Nedule

Pionnier de la guitare congolaise, Antoine Nedule Montswet, alias « Papa Noël », a marqué la discographie africaine, sous son nom ou en orchestre. En soixante ans de carrière, il a traversé toutes les époques de la rumba. Suite au décès de Franco, après onze ans passés dans le TP OK Jazz, il s’installe en Europe, où il réside depuis un quart de siècle. Nous avons rencontré ce musicien hors pair. Avec bonhommie, il retrace un parcours peu commun, qui épouse l’histoire de la musique congolaise.

On l’appelle Noël parce qu’il est né le 25 décembre 1940. Et « Papa » parce qu’il est de tradition de nommer ainsi le premier fils dans l’ethnie de sa mère, qui l’élèvera seule. C’est dire s’il était choyé. Enfant timide, il grandit dans la capitale du Congo belge, Léopoldville, alors en pleine expansion. Il prend goût à la musique grâce à sa mère, qui adore les airs cubains. À l’école, on lui enseigne le solfège et il chante à l’église catholique. Près de chez lui vit Daniel Lubelo, alias De la Lune, guitariste averti qui prendra bientôt la basse dans l’OK Jazz. Attiré par sa guitare, Papa Noël apprendra comment jouer l’accord de do majeur. Mais le jour où De la Lune trouve le garçon en train de s’exercer sur sa guitare alors qu’il s’était absenté, sa colère lui fait lancer des mots très durs. Pour consoler son enfant meurtri, sa mère lui offre alors une guitare.

À 16 ans, Papa Noël est en possession d’un trésor et l’on constate vite qu’il a de l’or dans les doigts. On le surnomme « le petit Django ». Quand il l’entend jouer en passant devant chez lui, le chanteur Léon Bukasa l’invite à venir enregistrer un disque. À 16 ans, Papa Noël participe à sa première séance de studio. La chanson, qui démarre par son solo de guitare, est un tel succès que le label Ngoma, producteur de Bukasa, intègre l’adolescent à son orchestre. Le voilà embarqué pour une tournée à travers le Congo belge qui durera quasiment toute l’année 1957.

À son retour, Papa Noël est approché par Jean Serge Essous, clarinettiste et leader du groupe Rock’a Mambo. Il a besoin de remplacer le guitariste Tino Baroza, resté au Cameroun au cours de la tournée qui vient de s’achever. Les tensions politiques entre les gouvernements des deux Congo obligent les musiciens de Brazzaville, dont Essous, à quitter la capitale jumelle, Léopoldville. Rock’a Mambo disloqué, Papa Noël rejoint le groupe Makina Loka, qui s’est fixé pour quelques temps à Libreville. Ainsi, c’est au Gabon qu’Antoine Nedule va vivre l’indépendance de 1960. Entre temps, Essous et la crème des musiciens de Brazzaville injustement chassés du Congo belge ont formé Les Bantous. Appelé par le clarinettiste, Papa Noël fera partie du groupe de 1961 à 1963.

L’année 1962 est l’occasion de son premier voyage en Europe. À 21 ans, le jeune musicien voit pour la première fois tomber la neige. Il foule sa première scène parisienne devant une salle comble : parmi les danseurs, un certain Eddy Mitchell. Papa Noël s’en souviendra l’année suivante en introduisant le costume de cuir noir sur la scène congolaise. Au studio Fonior de Bruxelles, le groupe a enregistré cent-deux chansons (cinquante et un 45-tours) en moins d’un mois. La dernière, improvisée sur place par Célestin Kouka, donne à l’orchestre son nouveau nom : Les Bantous de la Capitale. Le retour à Brazzaville est grandiose.

Sur l’autre rive, à Léopoldville – qui devient Kinshasa en 1966 –, Joseph Kabasele, alias le Grand Kalle, fondateur de l’African Jazz, s’apprête à célébrer son mariage. En cette année 1963, ses musiciens vedettes, Tabu Ley Rochereau, Dr Nico et Roger Iseidi, l’ont quitté pour créer l’African Fiesta. Kabasele demande alors aux Bantous de la Capitale d’animer la noce. La fête, qui se déroule au zoo de Léopoldville est un grand événement. Le courant passe entre Papa Noël et le Grand Kalle, si bien que trois mois plus tard, le jeune guitariste intègre la nouvelle formation de l’African Jazz. Mais l’expérience sera de courte durée.

Ayant retrouvé sa ville d’origine, Papa Noël fonde Vox Africa avec un trio de chanteurs hors pairs : Jean Bombenga, Ntesa Dalienst et Sam Mangwana, autre transfuge de l’African Jazz. Leur association ne va durer que quelques années, mais ils auront encore bien d’autres occasions de jouer ensemble, notamment au sein de l’OK Jazz de Franco. En 1968, Papa Noël forme l’orchestre Bamboula. Depuis la prise de pouvoir du jeune président Mobutu en 1965, la scène musicale de Kinshasa est en ébullition. Face à une rude concurrence, Bamboula est choisi pour représenter le Congo Kinshasa au Festival Panafricain d’Alger en 1969.

Quatre ans plus tard, le même gouvernement confie à Papa Noël la réalisation de la première Anthologie de la Musique Zaïroise Moderne. À trente-trois ans, Antoine Nedule est un musicien comblé, réputé comme l’un des meilleurs guitaristes du pays, rebaptisé Zaïre en 1971. Soliste inventif, dont la virtuosité sert toujours la musicalité de l’ensemble, « Ya Nono » — ainsi qu’on le surnomme en marque de respect — est capable des meilleures compositions. Il a joué avec les plus grands, mais ses tentatives de garder un orchestre dans la durée n’ont pas abouti. C’est donc assez naturellement qu’il va rejoindre le géant des orchestres de Kinshasa, celui qui domine toute la création africaine d’alors.

En 1978, Papa Noël devient un membre éminent du Tout Puissant OK Jazz de Franco. À cette époque, l’orchestre a atteint un summum, comptant près de quarante musiciens, parmi les meilleurs de la place. Papa Noël ne le quittera plus, malgré sa passagère mise à l’écart en 1984. Franco n’a pas apprécié que Noël profite de son absence pour enregistrer au studio IAD de Brazzaville son album Bon Samaritain, plébiscité dès sa sortie. Le suivant, Allegria, publié en 1986, contient aussi d’excellentes chansons. Suite au décès de Franco en 1989, Papa Noël décide de venir en Europe, où il réside toujours.

Arrivé à Bruxelles en 1990, il y séjourne deux ans avant de s’installer en France, dans la région parisienne. En 1994 sort son album Haute Tension. Quatre morceaux de ce disque et quatre extraits de Bon Samaritain feront la matière de Bel Ami, publié par le label anglais Stern’s Music en 2000. C’est le premier CD de Papa Noël largement accessible sur le marché international. Il rend justice à la qualité de ses compositions, de ses arrangements et de son interprétation. Certaines de ses chansons demeurent intemporelles.

Après avoir contribué aux concerts de Sam Mangwana, dont il a écrit et composé plusieurs chansons de l’album Galo Negro (1998), Papa Noël participe au projet Kekele à partir de 2001. Il a toute sa place dans cette initiative du producteur Ibrahima Sylla, qui offre à quelques vétérans de la rumba congolaise le soin de retrouver la simplicité originelle et l’éclat d’antan de cette musique impérissable. La mode est à la musique cubaine et Papa Noël collabore avec le jeune salsero Adan Pedroso. L’expérience de fusion Cuba/Congo se poursuit en 2002 grâce au label Tumi Music. Sur l’album Bana Congo, Papa Noël mêle son groove à celui de Papi Oviedo, un vétéran de la guitare cubaine qui a fait partie du Buena Vista Social Club. Une rencontre au sommet !

Le duo Papa Noël & Viviane A est l’aboutissement d’une ancienne complicité musicale. Les deux artistes se sont connus lors de tournées avec Sam Mangwana, puis retrouvés dans Kekele. L’idée de leur formule acoustique, où la rumba swingue en douceur, est née en 2007. Elle s’est concrétisée sur scène, pour aboutir en 2013 à l’album Color, publié chez Buda Musique.

Par François Bensignor | akhaba.com

discographie
  • Papa Noël et Viviane A
Mots cles
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