Le qanbûs

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Le qanbûs
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Photos Pierre d’Hérouville

Le qanbûs est le petit luth monoxyle du Yémen. De nos jours, il est quasiment éteint dans ses deux régions de prédilection : le Hadramaout et la région de Sanaa. Les recherches menées par l’équipe scientifique de l’UNESCO sur le patrimoine immatériel de Sanaa présument une émergence du qanbûs au Yémen sous l’occupation ottomane. L’origine de l’instrument se perd ensuite avec son introduction antérieure à la cour ottomane. La consonance de son nom avec certains cordophones centre-asiatiques (kopuz, cumbus…) confirme de façon certaine un passé plus lointain.

Mais, selon les chercheurs, sa structure monoxyle et sa table en peau le rattachent historiquement de façon plus certaine au luth antique de Gandara (Kandahar), ancêtre du rubab afghan actuel. L’instrument avait alors un aspect similaire au rovap tadjik actuel ou encore au rubab panjtar éteint des soufis chishtis d’Iranshahr (Baloutchistan iranien). Instrument, qui, par ailleurs, a donné le rubab afghan actuel, avant d’être diffusé par la cour de la dynastie timouride (1405-1507) vers le subcontinent indien où il a engendré le sarod (Inde) et le dotara (Bangladesh).

A Sanaa, Fuad al-Quturi perpétue la fabrication du qanbûs jusqu’à nos jours. Dans la tradition de la capitale yéménite, les lignes fluides de la caisse étaient taillées d’un tenant dans un bloc de tunub, une essence très dure. Sur les exemplaires les plus anciens, le manche et la table d’harmonie se rejoignent en une courbe subtile, où on peut difficilement les distinguer l’un de l’autre.

Fait remarquable : le manche est évidé et prolonge la cavité de résonance jusqu’au cheviller, où le son débouche généralement par un orifice. La caisse est généralement étayée intérieurement. Le cheviller étroit, en forme caractéristique de virgule est détouré dans le même bloc de bois. La table reste couverte de peau tendre d’agneau, colorée d’une mixture de poudre de cuivre.

Cette peau donne à l’instrument un son aigrelet, moins rond que celui du oud. Elle amplifie significativement les effets de liaisons des doigts de la main gauche et les encourage. Deux exemplaires inhabituels de qanbûs du Hadramaout « pliables », taillés en deux pièces, sont actuellement visibles, respectivement à la House of Culture of Yemen de Sanaa et au musée d’Edimbourg.

A Sanaa encore, le qanbûs reste indissociable du humayni, une poésie savante remontant au XVIe siècle, et y est actuellement concurrencé par le oud. Aux derniers grands interprètes (Saleh al-Antari, Abu Bakr Bashrahil, Ahmad Fayi), ont survécu de très rares connaisseurs, tels Muhamed Juma’i, Hassan al-Ajami et Yahya al-Nunu. On accompagne aussi parfois le humayni de battement des doigts sur le sahn, un plateau discoïdal en laiton. Le raffinement de leurs suites qawma témoigne d’un passé flamboyant du chant de Sanaa.

Jusqu’au début du XXe siècle, le qanbûs est aussi utilisé dans la chanson traditionnelle du Hadramaout. Les Hadhramis aiment notamment en accompagner le zafin, un genre à danser apprécié, où l’on bat également deux petits tambours marwas.

Nombre de Hadhramis émigrèrent vers les comptoirs arabes de l’Océan indien, notamment au XVIIe siècle, y exportant massivement le zafin. Ainsi le qanbûs et le marwas sont arrivés dans le Golfe persique, puis à Bombay, le port malaisien Malacca, la province indonésienne de Riau (Sumatra) et, parallèlement, sur la côte kenyane, Mombasa, les îles tanzaniennes Lamu, Zanzibar et l’archipel des Comores. De là, ces instruments ont connu des fortunes diverses.

Dans le Golfe, le style sawt lui a préféré le violon et le oud. A Bushehr, le tambour morbas (parent du marwas) survit dans le khayyam-khani, une performance poétique des lettrés de ce port du Sud-Ouest iranien, hybridant le sawt et le dashti.

Le zafin se perpétue dans les genres indonésiens actuels zapin, gambus et marwassi, ou encore en un genre de satyre des colons arabes tel le hamdolok malais (Batu Pahat). Son cousin, le genre gabusi ancien, se maintient difficilement aux Comores, à Sima et Domoni (Anjouan) où l’on préfère à présent adapter le luth au mgodro ou au linga, plus festifs.

Le qanbûs survit actuellement sous diverses appellations locales. Il est nommé gabusi sur l’île comorienne d’Anjouan, le département d’outre-mer français, Mayotte. En Indonésie, on l’appelle gambus melayu (Sumatra, Malacca, Medan), panting (Kalimantan), gambus selandung (Riau), comme au sultanat de Brunei et à Sabah, dans la partie malaisienne de Bornéo.

Dénommé kibangala, il était aussi joué dans des trios de musique de cour à Zanzibar, qui précédèrent le taarab actuel. Mais il en a disparu vers le milieu du XXe siècle. A Madagascar, le mot kabosy a remplacé le terme portugais mandoliny pour désigner une petite guitare artisanale qui s’en est inspirée, jouée par les gardiens de zébus dans des genres traditionnels, puis détournée dans les années 1970 dans la région de Tuléar pour donner le tsapiky, un rock du sud malgache.

Par Pierre d’Hérouville | akhaba.com

Démonstration de qanbûs par Hassan al-Ajami pour le documentaire sur "le chant de Sana'a", classé par l'UNESCO en 2008 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.

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