Le lotar

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Le lotar
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Mohamed Rouicha

Instrument folklorique par essence, le lotar ou loutar - en arabe Al-Wat’r - est un luth piriforme à manche court du Maroc. Le terme est presque autant galvaudé que celui de guembri, d'une part de par son ambigüité organologique avec les luths à caisse parallélépipédique, d'autre part de par la capillarité avec laquelle ses avatars Al-Wat’r (suisdi ou guembri) se sont diffusés parmi les diverses communautés, répertoires et boutiques de souvenirs touristiques. Quand il n'est pas confondu avec la vièle rabâb à caisse discoïde des Chleuhs du Souss. Une permissivité autant culturelle que lexicale.

De nos jours, on nomme donc plutôt lotar ces luths piriformes à table en peau, d’une longueur variant entre 50 et 130 centimètres. En deçà de ce gabarit, on parlera plutôt de suisdi (ou suissen), petit luth à deux cordes, persistant par exemple dans les orchestres de malhoun.

Selon leur taille, les lotars ont habituellement trois ou quatre cordes. Leur caisse est le plus souvent taillée d'une pièce, d'un seul bloc de bois. Leur manche tubulaire caractéristique est emmanché dans la caisse. Les deux à quatre clés coniques sont fichées de part en part du manche. Deux détails qui les distinguent définitivement des luths en lattes (oud) et des luths monoxyles (qanbûs, rubâb). L'instrument a le ton feutré caractéristique de sa table, très généralement faite en peau tendue.

Les plus grands lotars, fabriqués dans l'Atlas, sont les instruments des bardes amazighs professionnels, généralement à quatre cordes, ou doublées à huit, étendant ainsi leur ambitus dans les graves. On les accorde généralement en Mi-La-Ré-Sol sur deux octaves. Les bardes peuvent ainsi entreprendre des répliques responsoriales indifféremment dans les deux registres.

Depuis les années 1970, les enregistrements de Mohamed Rouicha et d'Hemmu U Lyazid ont promu le genre traditionnel izlan au rang de chanson populaire identitaire des Imazighen (Atlas marocain). Luthiste chevronné, Rouicha l’a popularisé pour la danse villageoise ahidous, très proche dans le registre modal : ce jeu percussif, proche de celui de la guitare basse, est devenu une référence sonore typiquement amazighe, y compris dans le Rif.

Depuis peu, ce luth a surtout transgressé ses genres habituels. S'il connait un regain d'intérêt dans la musique amazighe (Mustapha El Akri, Omar Boutmazought, Dahan Ould Chaoui), il contamine à présent la chanson berbère du Rif (Aziz Boualam, "Al-Funnun" Abidine). Voire le chaâbi marocain en général (Abdelaziz Stati, Adil El Miloudi, Milouda) : on parle alors d'interprétation watra, souvent hors du registre pentatonique berbère. Au point que le chaâbi moderne tend lui même à imiter le son watra avec des synthétiseurs. L'instrument semble donc promis à un regain inattendu d'intérêt plus durable.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

Khalid Chamsi de Berrechid

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