Le Hát Chèo

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Le Hát Chèo
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Photo Yves Defrance

Le hát chèo est un art populaire, né dans les villages du delta du Fleuve Rouge (Tonkin), depuis 3 000 ans berceau de la civilisation de riziculture du peuple vietnamien. Contrairement à l’Opéra de Pékin, au drame noh japonais ou au théâtre classique tuồng vietnamien, il ne doit rien au théâtre traditionnel chinois. À la fin des récoltes, les paysans organisaient des festivités pour se divertir et pour remercier les dieux de les avoir aidés.

Le chèo actuel  puise ses origines dans la musique et la danse populaires du Xe siècle, et plus précisément dans le trò nhai (sketches satiriques sous forme de mimes simples). Progressivement, des écrivains assemblèrent en longues pièces unifiées les histoires courtes de chèo, basées sur ces saynètes.

Au XVe siècle, le roi Lê Thanh Tông, qui était profondément pétris de confucianisme, décida de suspendre les représentations de chèo dans sa cour. Sans patronage royal, le chèo se retourna vers ses amateurs d’origine, les paysans. Il eut recours aux histoires nôm, qui étaient des poèmes narratifs vietnamiens écrits en caractères chinois modifiés. Vers le XVIIIe siècle, cette forme de chèo  prit une importance prépondérante et continua de se développer pour atteindre son apogée à la fin du XIXe siècle.

Bien que la qualité de vie se soit très nettement améliorée au Viêt Nam depuis le début de la « Rénovation », entamée en 1986, les arts traditionnels en général et le chèo en particulier commencèrent à faire sale vide dans les années 1990. Les recettes insuffisantes obligèrent les directeurs de théâtre à réduire les pièces à de simples extraits. Même les villages, d’où est originaire le chèo, se trouvèrent dans l’incapacité d’attirer le public. Les jeunes, en particulier ceux des villes, tournèrent le dos à cette forme artistique.

La situation devint si critique que la ville de Ha Long (avant-port de Hanoi) décida de réagir en organisant le premier festival de Chèo National Traditionnel, du 13 au 15 octobre 2001. Plus de 700 artistes issus de quatorze compagnies de chèo y participèrent, donnant quinze représentations. Depuis cet événement, le chèo connaît une renaissance, attirant jeunes artistes et jeune public dans tout le pays.

Les pièces de chèo, à la fois émotionnelles et amusantes, connaissent un dénouement heureux. Elles content des épisodes de la vie quotidienne des gens ordinaires de la campagne, donnant la voix aux aspirations paysannes pour une vie paisible au cœur d’une société féodale injuste. C’est pourquoi, le bien triomphe toujours dans sa lutte contre le mal.

Les étudiants, doux et sympathiques, réussissent leurs examens et deviennent mandarins (administrateurs locaux). Les paysannes travaillent dur et se sacrifient souvent pour les autres. Les épouses sont fidèles. Les marâtres doivent aimer les enfants de leur mari. Les belles mères et les belles filles doivent vivre en bonne intelligence. Les amis doivent se traiter l’un l’autre comme s’ils étaient membres d’une même famille. Tous ces messages du chèo reflètent l’altruisme du bouddhisme et les vertus du confucianisme.

Les personnages de chèo sont donc conventionnels. Leur personnalité et leur psychologie n’évoluent pas durant la pièce : hommes ivres, enseignants peu impliqués dans leur travail, hommes aisés, fonctionnaires, femmes enclines au flirt, bouffons, etc.

Les œuvres de chèo ne sont pas figées dans leur structure car les artistes aiment à improviser à partir d’un stock de dialogues, de chants, de danses et de pièces instrumentales qu’on évalue à plus de 200. L’interprétation, elle-même, autorise des modifications pour mieux transmettre les émotions demandées par le rôle. En plus des techniques spéciales de respiration, d’élocution, de chant, de manière de se déplacer, etc., les artistes maîtrisent tout un langage des postures du corps et attachent une grande importance à la torsion des mains, des poignets et des bras.

Dans la très ancienne culture de cette région d’Asie, les tambours de bronze étaient battus pour obtenir des dieux la pluie indispensable à la pousse du riz. C’est pourquoi, il n’est pas surprenant que l’orchestre de chèo soit aujourd’hui commandé par le joueur de tambour. Les musiciens sont installés sur la scène de part et d’autre de l’espace central occupé par les chanteurs. On y retrouve le nguyệt (luth en forme de lune) et le đàn nhị (vièle à deux cordes), ainsi qu’une flûte traversière en bambou sáo trúc. Pour renforcer la  tension dramatique, diverses percussions y sont adjointes.

Par Yves Defrance | akhaba.com

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