Le gwoka

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Le gwoka
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Photo : Yvon Ambrosi

Musique, danse, joute, dérision, autodérision, bal, exorcisme, résistance, complainte, contestation, c’est le gwoka, gwo ka ou gros ka, désormais l’identité affirmée des Africains et assimilés des îles de la Guadeloupe. Depuis sa réhabilitation entamée dès le début des années 1980 avec l’arrivée de la gauche de François Mitterrand au pouvoir, des Européens indigènes, extrêmement peu, ou venus de métropole, davantage, s’y adonnent aussi. Maintenant, il traverse les classes sociales et réunit les générations, des petits-enfants à leurs grands-parents. On l’apprend aux écoliers et il y a des écoles de gwoka.

Cette culture qui a unifié des esclaves déportés de différentes régions d'Afrique noire ne parlant pas la même langue serait née au XVIIIe siècle. Mais, elle a vu le jour en cachette de la vue et des oreilles des maîtres et du clergé. Les forçats jouaient du tambour, le ka ou gwoka, à l’insu des colons qui leur interdisaient de couper des arbres et par conséquent de ne pouvoir fabriquer leur instrument. Ils l’ont inventé à partir des tonneaux de marchandises (huile, viande salée, grains, rhum, vin…), comme ils ont construit le créole en mélangeant leurs divers parlers africains avec la langues des propriétaires européens dont ils ont adapté, détourné les musiques entendues dans leurs salons.

Le gwoka vit la même histoire que ses frères, le bèlé (ou bel-air) de Martinique et le kassé-kô guyanais, à peu près celle des cousins de La Réunion, le maloya, de Maurice, le séga. Mais les rythmes diffèrent. Le gwoka en a sept essentiels qui animent, portent le chant, cadencent les pas des danseurs, leurs contorsions, lors des swarè, soirées, léwóz. Ces rassemblements traditionnels qui peuvent rythmer une fête de mariage, un baptême ou une veillée funéraire. La journée, le gwoka peut accompagner une grève de salariés où il scande des revendications catégorielles. D’ailleurs, le mouvement indépendantiste a aussi participé à la sortie du gwoka du ghetto, à sa reconnaissance sur les différentes scènes du monde.

Traditionnellement, le gwoka, ce sont deux boula, les ka qui battent des rythmes réguliers, et un mawkè, le marqueur qui improvise en accompagnant le chanteur et le danseur. Souvent, le mawkè et le danseur se lancent des défis, tentant chacun d’imposer son rythme à l’autre. Alors que le chanteur, relayé par des choristes, les répondè, qui frappent des mains, le waklé, improvise sur les choses de la vie. Un art difficile qui fait qu’aujourd’hui les solistes improvisent peu.

Il y a aussi très peu de chanteuses dans le gwoka, dans une culture où longtemps on considérait que seule une femme dévergondée se permettait de chanter. D’ailleurs, les tanbouyé, les tambourinaires, n’avaient pas non plus bonne réputation et les rares femmes qui les accompagnaient menaient une vie dissolue. Maintenant, il y a de jeunes voix féminines (Marie-Line Dahomay, Jacqueline Etienne, Josélita Jacques, Marie-Héléna Laumuno...) qui chantent le gwoka qui n’a plus cette réputation sulfureuse et est même joué dans les églises.

On est loin de l’époque des anciens maîtres du genre, Ti-Papa (XIXe siècle), immortalisé par une carte postale coloniale, Henri Delos (1917-2005), qui y a introduit au début des années 1960 piano, sax, basse, « l’empereur du gwoka » Napoléon Magloire (1919), François Mauléon dit Carnot (1919-1998), Guy Cornély (1921-2005), Germain Calixte dit Chaben (1922-1987), Robert Loyson (1928-1989), Vélo alias Marcel Lollia (1931-1984), le novateur, René Perrin (1935), ou Kristèn Aigle disparu en 1985.

A côté de la tradition régénérée par Guy Konkèt, le mouvement culturel (mouvman kiltirèl) Akiyo, il y a l’apparition du gwoka modèn selon le mot du guitariste Gérard Lockel, le premier à utiliser ce terme. C’est un gwoka moderne où ce guitariste introduit son instrument de prédilection et aussi saxo, trompette, et des inventions comme les gwadlouka (ou gualouka). Dans le sillage de Lockel sont nés des groupes comme Kafé, Gwakasone, Katoure, Milfle, et apparus des musiciens tel le guitariste Christian Laviso.

Mais malgré des débuts prometteurs, ce modernisme n’arrive pas à avoir autant de popularité que le bon vieux gwoka, comme celui que des jeunes jouent chaque samedi dans la rue piétonne de Pointe-à-Pitre, là où est érigé la sculpture de Vélo. Certainement, le premier modernisateur du gwoka, qui, sans y ajouter aucun autre instrument, inventait une technique particulière de jouer le ka et une nouvelle façon d’improviser le gwoka qui n'est plus tout à fait traditionnel mais reste vrai. 

Par Bouziane Daoudi| akhaba.com

Le gwoka par François Ladrezeau, membre du groupe Akiyo

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