Le gheychak

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Le gheychak
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Photos Pierre d’Hérouville

Le gheychak est une petite vièle monoxyle répandue au Baloutchistan, au Séistan et en Afghanistan. Côté Pakistanais, on parle plutôt de suroz et sorud, et la facture y varie légèrement. Organologie parlant, le gheychak s’apparente aussi à d’anciennes vièles du répertoire classique indien : le grand sarinda et le chikara.

Les vièles complexes dilruba et esraj sont des variantes frettées à manche long de cette sarinda ancienne. Toutes se distinguent des vièles à pique par une structure monoxyle massive, caractéristique. De nos jours, la famille du gheychak a également un dérivé de petite taille, le sarinda des poètes itinérants du Népal.

Comme le sorud indo-pakistanais, le gheychak est taillé d’un bloc de bois dur, mûrier ou teck. Au Séistan, on privilégie le platane, le noyer, le poirier et le kinar, une variété de platane.

La table d’harmonie est un petit morceau de peau de bétail tendu. Les ouïes concaves, en demi-lunes, et le cordier noueux sont d’abord détourés dans la masse à l’aide de binettes de luthier. On n’évide qu’ensuite la cavité semi-parabolique au ciseau à bois.

Cette forme des ouïes donne au gheychak à la fois son aspect surnaturel et une acoustique inattendue pour sa taille. Elle a sans doute aussi influencé l’évolution du rubâb afghan moderne, tant au niveau des cordes que des ouïes. Le gheychak est généralement tenu verticalement.

Les orifices des clés sont percées à la perceuse manuelle à archet. La partie supérieure de la table d’harmonie est une fine planchette sculptée, rapportée sur la caisse.

De l’Inde du Nord à l’Est iranien, la facture caractéristique du gheychak varie assez peu, mais on peut dire que ses formes extérieures sont parfois plus anguleuses et certainement plus ramassées au Séistan et en Iran. Au point que les bardes baloutches d’Iran ont pris l’habitude d’en jouer debout en le maintenant par une sangle autour d’une épaule.

Les cordes métalliques frottées de la vièle sont maintenues sur la table d’harmonie en deux groupes par un chevalet sophistiqué, d’une part —l’instrument a quatre à six cordes frottées—, et d’autre part, l’ensemble des quelque douze cordes  sympathiques lui donne un écho significatif.

On les accorde habituellement dans le mode interprété. La tension des cordes est telle que le jeu de la main gauche consiste davantage à tendre les cordes qu’à les presser sur la touche. Le jeu de gheychak a donc une gestuelle très minimaliste. Les cordes de l’archet sont faites de crin de cheval. L’interprète les tend en général en passant l’index à l’intérieur de l’archet.

Vièle portative lorsqu’il n’est pas trop encombrant, le gheychak est répandu parmi les Luti, une caste de musiciens itinérants du Baloutchistan remontant à l’Antiquité. Il est au centre des répertoires lyriques du Baloutchistan, et ce probablement dés avant l’islam. Les bardes s’en accompagnent encore, par exemple, pour la chanson profane.

C’est également l’instrument menant des répertoires de rituels magico-religieux qalandar et guati, où son jeu est particulièrement mis en avant. Considérant son pouvoir à soigner les envoûtés, musiciens et possédés lui prêtent parfois des qualités magiques et le décorent de grelots, de miroirs, de perles, de gravures en creux, ou d’incrustations de métal blanc.

Au détriment du benju et de la tanburag, le gheychak est également devenu l’instrument de référence du zahirig, musique modale baloutche en devenir.

Depuis les années 1990, on observe dans la musique classique iranienne sonnati un regain d’intérêt significatif pour les instruments régionaux (gheychak, rubâb, tanbur kurde). Cette tendance cible l’unisson des orchestres symphoniques, notamment dans la performance des tasnifs contemporains.

A l’instar de Hossein Qami, certains facteurs iraniens ont, par exemple, initié la construction de gheychaks modernes, plus précis, pour un public plus exigeant.

Une facture qui s’affranchit de la seule contrainte de la fabrication monoxyle traditionnelle. Elle expérimente des formes qui pourraient en optimiser le son, par exemple en rapportant des appendices de bois supplémentaires sur les ouïes.

Le célèbre cantateur Mohammad Reza Shajarian, luthier à ses heures, a expérimenté depuis 2008 quatre vièles nouvelles inspirées du gheychak : le sorahi, le saboo, le saghar et toute une gamme de vièles shahr ashub.

Par Pierre d’Hérouville | akhaba.com

Un musicien itinérant jouant du gheychak dans les rues de Mashhad, la seconde plus grande ville d'Iran

Un autre aspect de la musique iranienne avec le CHĀRGĀN Ensemble, deux kamanchés et deux gheychaks modernes, alto et basse

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