La Créolité

theme
La Créolité

Parti à la recherche de la créolité, le Capverdien Mário Lúcio a parcouru 92 482 kilomètres en 2009, visité sept pays sur trois continents où il a rencontré plusieurs artistes. Le descendant d’esclaves africains et d’esclavagistes européens a conclu de ce fantastique périple : « Nous sommes descendants de rencontres de cultures, il n’y a pas de musique étrangère, et c’est ça ce que moi j’appelle le phénomène créole dans la musique ».

Il a fait de la quête de sa créolité, de son métissage, un disque, Kreol, avec, entre-autres, les Martiniquais Ralph Thamar et Mario Canonge, le Brésilien Milton Nascimento, le Cubain Pablo Milanés ou la Portugaise Teresa Delgado, sans oublier sa compatriote Cesaria Evora.

Mário est même parti recueillir au bord d’une plage de Martinique, les mots de l’écrivain antillais Édouard Glissant (1928-2011), l’inventaire du concept de « créolisation » à la fin des années 1990. L’essayiste qui parlait de ce « métissage qui produit de l'imprévisible », en rupture avec la notion de « négritude » conceptualisée dès 1935 par son compatriote Aimé Césaire (1913-2008) puis reprise par le Sénégalais Léopold Sédar Senghor (1906-2001).

Par-delà l’Afrique, la négritude prône que les descendants des 30 à 70 millions de déportés africains sur d’autres terres n’ont que leurs racines noires à revendiquer alors que pour Glissant la créolisation est un « mouvement perpétuel d'inter-pénétrabilité culturelle et linguistique », notamment à l’heure de la mondialisation culturelle.

Auparavant, Glissant formulait la conception d’« antillanité », une identité intégrant l'expérience des descendants d'esclaves africains et aussi l'apport des autochtones amérindiens, des colons européens, des Indiens d'Inde, des Chinois et des Syro-Libanais, avant d’être suivi par trois jeunes auteurs qui publient en 1989 l’essai L’Eloge de la créolité.

Créolité, le mot est lancé par Patrick Chamoiseau (Goncourt 1992 pour Texaco), Raphaël Confiant et Jean Bernabé, suivis par le Guadeloupéen Ernest Pépin. Pour eux : « La créolité est une annihilation de la fausse universalité, du monolinguisme et de la pureté ». C’est-à-dire la culture multiple contre la culture unique, la globalisation.

La créolité est basée sur l’appellation « Créole » qui désignait à l’origine les Blancs nés dans les Amériques, de la Louisiane aux trois Guyane en passant par les Caraïbes, le Cap-Vert, São Tomé-et-Principe, La Réunion, Maurice, les Seychelles... Maintenant, elle exprime une culture multiple, une identité métisse.

La créolité plonge ses racines dans les mouvements des années 1970 de réhabilitation des langues créoles, des cultures, des musiques les plus africaines de territoires anciennement colonisées et devenus indépendants, ou reconnus actuellement comme partie des anciens pays coloniaux.

En déniant l’humanité de l’esclave africain, ses traditions, croyances, liens sociaux, le maître détruisait aussi sa propre humanité. De ce désastre ont poussé d’autres existences, d’autres cultures, la créolité, ou comme dit Chamoiseau : « C’est là où les traces ont dérivé, là où tout a été recomposé, réinventé, là où il y a eu des fractures et des remembrements, qu’il y a une production nouvelle ». Il explique ainsi « les beautés du jazz ou de la musique afro-cubaine, de la danse ou de la poésie créoles qui sont des phénomènes culturels mosaïques qui séduisent tout le monde aujourd’hui ».

Ils inventent des instruments comme le ka, la conga, le berimbau, les maracas, le chacha, le shékéré… Ils donnent des musiques les plus africaines, reggae, zydeco, gwoka, bèlé, rara, bachata, maloya, séga mauricien, funaná, etc, aux plus créoles tels les blues, rhythm’n’blues, cajun, biguine, zouk, salsa, son, soca, cumbia, meringue, samba, séga réunionnais, morna, coladeira ou… rock.

Par David Marif | akhaba.com

discographie
albums relatifs
Mots cles
Thème: 
regions proches
régions proches: 
instruments proches
instruments proches: 
genres apparentes
genres apparentés: 
artistes proches
artistes proches: 
et aussi sur akhaba.com
Partager | Translate
commentaires