Agadir, la renaissance

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Agadir, la renaissance

Lundi 29 février 1960 à 23h40, en plein ramadan, un tremblement de terre de 15 secondes et de magnitude 5,7 sur l’échelle de Richter détruit la ville, faisant près de 15 000 morts. Depuis, Agadir a su panser ses blessures en se lançant dans une reconstruction acharnée qui porte ses fruits aujourd’hui encore. La métropole du sud du Maroc est devenue la première station balnéaire du royaume, attirant chaque année des milliers de touristes pressés de s’alanguir sur ses dix kilomètres de façade Atlantique, mais aussi pour y découvrir des traditions berbères vivaces et sa région, le Souss-Massa-Draâ, un arrière-pays captivant. Tout ce qu’il faut pour ne pas bronzer idiot sur des plages ensoleillées près de 300 jours par an dans une ville où les étés avoisinent les 30° et les hivers la vingtaine.

La première chose que l’on remarque après avoir quitté l’aéroport Al Massira, ce sont ces immenses champs d’arganiers que l’on voit défiler à travers la vitre du taxi, avec une régularité de métronome. Ces fameux arbres, uniques au monde, produisent une huile très recherchée pour ses vertus cosmétiques et digestives. Au bout de quelques kilomètres, on peut apercevoir enfin la périphérie de la ville, avec ses bâtiments tout neufs, une banlieue en pleine expansion. C’est qu’Agadir n’en finit pas de s’étendre avec le développement touristique et l’offre de débouchés inespérés ailleurs pour les commerçants et industriels. Nous sommes loin de la bourgade de pêcheurs de ses origines lointaines. La ville est devenue le premier port sardinier du monde.

En 1513, ce qui est alors un orgueilleux gros village subit la domination portugaise jusqu’à une révolte qui les en chasse en 1541. Au XVIIIe siècle, les Alaouites, sous la conduite du sultan Mohamed Ben Abdallah, investissent la ville et punissent les rebelles en transférant toutes les activités maritimes vers la rivale Essaouira (ex-Mogador), à 175 km au nord. Agadir retombe dans l’anonymat jusqu’en 1911 où l’empereur prussien Guillaume II tente d’installer une base navale avant l’occupation française commencée en 1912 et qui finit en 1956. En 1930, Agadir devient même une des étapes de la poste aérienne transatlantique. Et puis, il eut le séisme de 1960, suivi d’un gigantesque effort de reconstruction dans le sens d’une modernité respectant l’architecture ancestrale.

Il est vrai que lorsque l’on parcourt la ville, rien ne la distingue, a priori, d’une cité européenne : beaucoup de grandes enseignes mondiales y ont pignon sur rue, des restaurants proposent de la cuisine autrichienne, des mets mexicains. Des boutiques proposant des objets relevant davantage du piège à gogos que du produit typique. C’est au visiteur de dénicher les véritables joyaux de la cité berbère, pour peu qu’il bazarde son guide  bourré d’adresses toutes faites ou de lieux communs. Certains vous diront qu’ils sont là pour la bronzette, en un lieu où le soleil brille rarement par son absence. Ils ont plutôt tort car, si Agadir possède des trésors dans son proche environnement, à l’image des magnifiques cités de Taroudant, Tiznit ou Tafraout (ah, les époustouflants rochers de granit rose), la ville recèle également en son sein des sites admirables de beauté et de raffinement.

Commençons par Agadir Oufella, soit l’Agadir d’En-Haut, le plus vieux quartier, datant de 1572, qui a donné son nom à la ville et signifiant en berbère « grenier fortifié ». De la fameuse forteresse nichée sur les hauteurs, il ne reste plus qu’une longue muraille mais rien que pour la vue imprenable sur la baie, cela vaut le coup d’escalader la grande colline. Pour se remettre de ses émotions, il est agréable de respirer l’iode marin et l’odeur du poisson frais émanant du port tout en bas, avant de le dévorer dans un de ces petits restaurants où l’on vous offre le choix de la grillade.

Samedi ou dimanche matin, on peut opter pour un tour du côté du souk, abrité derrière un mur crénelé, pour s’enivrer de parfums d’épices extraordinaires et se laisser tenter par les textiles, l’artisanat local ou les bonnes choses du terroir présentés par près de 2 000 commerçants. Ensuite pour se détendre et se mettre au vert, un détour par la vallée des oiseaux, au croisement des artères principales que sont les avenues Hassan II et du 20 août, s’impose. Dans la continuité écologique, il est recommandé la visite du parc naturel Souss-Massa pour sa faune tropicale et les dernières colonies d’ibis chauves.

Le soir venu, il est délicieux de longer le front de mer où de nombreuses terrasses de cafés et de restaurants, où se produisent parfois des artistes locaux, ne demandent qu’à vous recevoir dans toutes les règles de l’hospitalité berbère. Outre manger ou boire une bière ou un rosé du pays, on peut donc esquisser quelques pas de danse, d’autant qu’on peut également se laisser griser par les pistes de danse du Beach Club, du Salammbô ou du Xanado. Sinon, à Agadir, qui compte quelques musées intéressants aux enseignes Municipal, du Bert Flint ou des Arts berbères, exposant costumes folkloriques et objets d’art.

Il serait regrettable de manquer son entrée dans la Médina Polizzi bâtie dans le quartier Bensergaou, au sud d’Agadir, sorte de musée à ciel ouvert avec ses bâtisses en pierre naturelle, ses venelles, ses boutiques, sa place surmontée de gradins pour suivre des spectacles. L’idée est venue d’un enfant de Rabat : Coco Polizzi, architecte, décorateur, peintre et surtout visionnaire d’origine sicilienne. La médina historique emportée par le tremblement de terre, Polizzi a voulu en reconstruire une autre avec les matériaux et les artisans locaux, les méthodes traditionnelles de construction. Certains l’ont traité de fou. Aujourd’hui, sa Médina est une étape obligée dans les circuits touristiques de la région, au milieu d’une forêt d’eucalyptus, respectant son environnement naturel.

Par Rabat Mézouane | akhaba.com

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