Yasamin Shah Hosseini - Gâhân (2015)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/12-16/yasaminshahhosseini_gahan_front.jpg Gâhân par Yasamin Shah Hosseini 2412500291980005

Avec Gâhân de l’oudiste Yasamin Shah Hosseini, le label Kherad Art House nous emmène dans l’intimité de la jeune génération iranienne, bien loin des références classiques persanes. Coup de projecteur sur une identité musicale en reconstruction.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 0
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

Gâhân

label: 
Date de parution: 
2015
Réf
types de supports: 
CD
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L'Institut Kherad d'Art et Culture est une école de musique créée en 2004 dans les quartiers Nord de Téhéran. Il dispense aux jeunes Téhéranais la peinture, la musique persane sonnati et la musique classique occidentale. Depuis 2014, son label Kherad Art House promeut à coups d’albums instrumentaux des solistes méconnus tels que Mehrdad Mehdi (accordéon) ou Amir Darabi (piano). Ce faisant, l'Institut lève le voile sur l’éclectisme underground de l’Iran urbain qu'Hermes Records ou Les chats persans (2009) n'avaient fait qu'effleurer. Aujourd’hui, c’est le tour de la luthiste Yasamin Shah Hosseini.

Jeune oudiste taciturne, Yasamin a fait ses débuts discographiques sur l'album Safar ta Rowshanaye/A Journey to the Light (NHI Records, 2013) du târiste Hamid Behrouzinia. L'année suivante, elle joue les faire-valoir de Shahram Gholami au sein du Three Oud Ensemble. Une expérience pourtant aux goûts d'affinités. Enfin, Gâhân, son premier album solo, sort fin 2015.

Par « gâh » – en persan : position –, les musiciens d’Iran nommaient autrefois un mode persan par le degré de sa tonique par rapport à un mode arabe. En guise de musique sonnati, les Gâhân de Yasamin ne dépassent pourtant pas cette allusion.

Après des siècles d'hégémonie post-séfévide des luths à manche longs, les iraniens n'ont qu'un vague souvenir de ce que fut le barbat, leur antique luth à manche court. Ravivant sa flamme, les luthistes Mansour Nariman (1935-2015) et Abdolvahab Shahidi l'envisageaient au firmament du sonnati contemporain, tandis qu'il se nichait encore dans les genres populaires kooche bazari ou bandari. Avec ses colorations indéniablement arabes, le barbat demeure un instrument marginal et régional en Iran. Hossein Behroozinia en tête, les luthistes d'aujourd'hui y partagent donc leurs cachets entre les arrière-plans d'orchestres et une émancipation soliste fraichement étrennée. Yasamin Shah Hosseini, quant à elle, voue cet espace de liberté à l'improvisation, là où ses pairs cèdent à présent aux vogues « guitar klassik » ou andalouse.

A l’oreille, les Gâhân de Yasamin ont quelque chose de viril qui contraste avec sa physionomie : la midinette affiche, à défaut de poil aux pattes, un pincé énergique, pour ne pas dire intimidant. Son jeu tendu comme un arc joue à plein des échos graves du luth, avec cette résonnance hypnotique, complaisante, si redoutée des compositeurs. Plus écrits que les autres morceaux, les Zarbi métrés en Chahargah et en Segâh usent à bon escient de cette tension, pour le plus grand intérêt de l'album.

Du tréfonds de la jeune artiste jaillit une énergie intérieure, manifeste encore sur les attaques de ses Gâh non métrés. Six improvisations tâtonnantes, assez à la façon d'un taqsim, sans doute en quête d'autres trouvailles pour de futurs zarbi ? A l'écoute, la comparaison avec les maqamat irakiens de Mounir Bachir est naturelle : même phrasé sage, même dédale de variations laconiques. Le maître ne lui a pas pour autant cédé son droit d’ainesse. Ressemblances ou emprunts, on décèlera ici quelques redites, voire parfois une monotonie calculée.

En pointe de cette scène téhéranaise contemporaine, le oudiste Shahram Gholami incarne la quintessence du oud/barbat moderne. Entre climats et onomatopées, ses improvisations dénotent d’un véritable discours musical, à contrepied à la fois des thèmes appris et de l’écriture mélodique. A défaut d’en exhiber la rhétorique, les zarbi de Yasamin Shah Hosseini démontrent qu’elle en connait déjà le vocabulaire, ce qui n’augure que du bon.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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