Waed Bouhassoun - L'âme du luth (2014)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/07-15/bouhassoun_ameduluth_front.jpeg L'âme du luth par Waed Bouhassoun 602537929085

Dans un second album étincelant, la jeune luthiste syrienne Waed Bouhassoun évite les poncifs en composant notamment sur la poésie contemporaine d’Adonis.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 12
Type de produit: 
Album

L'âme du luth

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Date de parution: 
2014
Réf
types de supports: 
CD
602537929085
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Déjà neuf ans que le 9ème Festival de l'Imaginaire a révélé presque incidemment la luthiste-interprète Waed Bouhassoun. L’artiste damascène en herbe souffle depuis un vent de jeunesse sur la scène néo-classique levantine. Quelques représentations institutionnelles, une rafale de festivals au Maghreb et en Europe, un premier album, et voici la timide instrumentiste déjà en selle pour une petite gloire lyrique.

Dès 2005, ce succès doit grandement à une ressemblance vocale troublante avec l'Oum Kalsoum (1898-1975) des débuts. Seule ou en duo avec le qanun de Ghassan Ammouri, Waed Bouhassoun assume cet emprunt : « Je ne sais pas ce qui me plait en particulier chez Oum Kalsoum. Je prends tout chez elle. J'ai grandi avec sa voix, c'est tout ». L'illusion est parfaite avec la facture égypto-levantine de ses tarab, façon années trente.

A qui n'a pas eu la chance de l'entendre sur scène, son premier opus La Voix de l'Amour (IMA, 2008) rend à la fois cette illusion et son don pour la composition. C'est vraisemblablement ainsi que s'entend l'éloge de Muhammad Qadri Dalal, le maître du luth aleppin : « Elle est la seule, à l’heure actuelle à pouvoir tenter d’approcher une telle perfection ». Au livret Ici repose mon cœur (2006-2009) ont succédé quelques dates au Levant et dans le Golfe puis un projet/tournée d’hommage à la Syrie avec Jordi Savall en 2013.

Une thèse à Nanterre, une idole enterrée en Egypte, et le cœur… en Syrie. Pour l'épreuve cruciale du second album, Waed Bouhassoun retient pas moins de trois poèmes de son compatriote exilé Ali Ahmed Saïd Esber, dit « Adonis », que nombre d'arabisants targuent de « plus grand poète arabe en vie ». Trois humeurs mises en musique, dont les oxymores modernes renouvellent le tarab contemporain : « La couleur de l'inquiétude dans la pierre égarée / La couleur d'une imagination en route / Qui donc est passé par ici et s'est brûlé ? / Ténèbres dans mon horizon / Mon inquiétude / On a tiré sur la régénération et on l'a lacérée / La tempête l'a emportée et l'a brûlée / dans ses cendres sans doute / J'inventerai l'aube immaculée. ». Ces vers courts n’autorisent ni leyl, ni susurration. L’album est une célébration « tarab » d'Adonis, c'est dit.

Par sa facture, L'âme du luth est plutôt à l'intimité ce que La Voix de l'Amour était à la sophistication. En deçà des icônes du Caire, naturel, timbre chaud et soupirs optent pour le velours plutôt que pour un énième drame. Une mise à nu toute en retenue, d’une grande intuition. Les glissandos de Waed Bouhassoun ne sont plus les sanglots entrecoupés de « l’Astre de l’Orient ». Nombre des taqsims, trop frugaux pour La Voix de l'Amour, ne font que fredonner les refrains modernes. A chaque rencontre, la voix tend vers la tessiture du luth, tantôt ronde, tantôt rêche. Faiseuse redoutable ou compositrice douée, Waed prolonge ses retrouvailles en sinueux couplets. Enfin, sa gorge se noue au pic de l'émotion, mais ne larmoie jamais.

Témoin de cette personnalisation significative, un style direct, sans doute pris sur le vif, qui respire l'authenticité. Du refrain d'Abadan au merveilleux taqsîm de Je crois en la religion de l'amour, Waed sait tenir son monde en haleine. La jeune luthiste, révélée une première fois à la chanson, démontre ici une belle constance, et pas la moindre, dans la composition.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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