Trésors du Chaâbi algérois (2013)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/01-14/tresorschaabialgerois_front.jpg Trésors du Chaâbi algérois par 3341348602257

Quinze grandes voix de renom réunies en un panorama rétrospectif de ce chant populaire d’Alger, désormais assimilé à ses racines arabo-andalouses.

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"Médias > Musique"
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Album
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Trésors du Chaâbi algérois

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Date de parution: 
2013
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CD
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Dans l'esprit de Musique Chaâbi d'Algérie (MLP, 2011), Buda Musique nous présente ici un florilège de quinze grandes voix du chaâbi. Paradoxe : tandis que la programmation astucieuse fait sonner ces chaâbi anciens avec une homogénéité trompeuse, ces titres s’avèrent difficiles à réunir dorénavant, même au prix d'un pèlerinage à la mythique boutique parisienne Sauviat. Suivant un adage répandu relatif aux meilleurs pots et aux meilleures soupes, on doit le livret explicatif à Rabah Mezouane, qui, pour l’occasion, a largement réadapté ses propres textes du coffret Trésors de la musique algérienne (IMA, 2003).

Le chaâbi melhoun a éclos au début du vingtième siècle dans les concerts des mariages populaires d'Alger. Les emprunts aux suites arabo-andalouses y furent longtemps plus fréquents qu’actuellement. Le prélude instrumental istikhbar, est par exemple successivement enchainé ici à l'accordéon (Bnats El Youm) ou au violon (Ezhiro), puis par la voix, et enfin par un autre soliste. Les couplets entrecoupés par les cordes, reprenaient eux aussi, à leurs débuts, de nombreux mouvements de nouba de la çanaâ algéroise, reconnaissables par exemple sur Kif El Aamel, Men Ayni ou encore Behouak Elaâbt/Lehbib Eli Aâchartou, un titre remarquable d’Amar El Achab.

Les thèmes de suite cédèrent progressivement aux compositions personnelles (El Bareh). De 1960 à 1980, le chaâbi prit aussi l’ascendant populaire sur la çanaâ en modernisant sa sonorité avec les instruments des cafés d’Alger : le piano (Men Ayni), l'orgue (El Bareh), l’accordéon (Bnats El Youm), le banjo (El Harrez) et bien sûr la mandole frettée, emblématique du genre.

Véritable machine à concasser la çanaâ, le chaâbi doit son explosion des années 1960 autant au phonographe qu’à sa propre évolution lyrique. Avec El Hadj Mohamed El-Anka (1907-1978) – référence incontestée pour avoir, parmi les premiers, enregistré de très nombreux titres –,  l’interprétation délaisse les vocalises lyriques pour une diction caractéristique, parfois rocailleuse, une marque de fabrique du style « ankiste ». Nouvelles voix, nouveaux textes. De la qasida morale, les thèmes lyriques évoluent progressivement vers la satire. L'écho mimétique de Yandem, après Sobhan Allah Ya Latif, force la comparaison habituelle entre le maître El-Anka et son imitateur, Boudjemaâ El Ankis.

L’apport continu des musiciens originaires d'Azeffoun (El Hadj Mohamed El-Anka, Boudjemaâ El Ankis, Amar Ezzahi...) n’a jamais tari une influence musicale kabyle diffuse sur cette musique citadine d’Alger. « Après la mort d'El-Anka, survenue en 1978, cette musique populaire s'est contentée de ressasser le même répertoire sans apport magistral » précise Rabah Mezouane. Sans être aussi péremptoire, les espoirs fondés par exemple sur Hachemi Guerouabi  (1938-2006) n’égalèrent pas El-Anka en reconnaissance.

A partir du milieu des années 1960, les satires identitaires de la vie des Algériens de France, et leur saudade, font pourtant apprécier les interprètes émigrés tels que Dahmane El Harrachi (1926-1980). Le succès planétaire de Ya Rayah, très ultérieur à sa sortie (1973), consacre ce titre, le banjo et la diction hachée d’El Harrachi comme des archétypes modernes du chaâbi. On retrouve d’ailleurs ce style ici sur El Harrez d'Abdelkader Chercham et Noussik Ya Ahbibi Seleme de Kamel Bourdib.

Dans les années 1970, le genre inspire en fait de très nombreux autres artistes d’Algérie, fussent-ils sépharades ou pieds-noirs. Cette compilation ne serait pas complète si elle ignorait les velléités de renouveau de l’inattendu Kamel Messaoudi (1961-1998), ici avec le surprenant Koll Ya Badr El Mounir. Un ultime contre-pied parmi les nombreux clichés de genre. Eclipsé par l'asri, puis par le succès international du raï oranais, le chaâbi pourrait renouer dorénavant avec l'élitisme de ses débuts dans les cafés d’Alger.

Jamais bâclée, la programmation a privilégié l’efficacité sonore sur les archives indigestes. Le cocktail obtenu suscite au final chez chacun l'effet recherché : l'étonnement.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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commentaires
Commentaires:

Le 1er titre -Men Ayni- est un Hawzi.
le 11ème et le 12ème titres sont deux -insiraf- de la nouba -Sika- de l'école andalouse d'Alger.

l'article de Pierre D'Hérouville est plein d'inexactitudes.
Primo: El Ankis n'a jamais été un imitateur d'El Anka.
Secundo: Le Chaabi Algérois s'appuie pour ces compositions sur 08 modes musicaux de l'école andalouse d'Alger en plus du mode "Sahli".
tertio: El Anka était au sommet de son art dans les années 50. Le Chaâbi s'est développé après l'indépendance de l'Algérie. Slimane Azem n'a jamais été un chanteur de Chaâbi algérois.
Quarto:Dahmane El Harrachi a créé un nouveau langage musical et poétique. Contrairement à une idée reçue Dahmane El Harrachi n'a composé que très peu de Chansons sur l'émigration bien qu'il ait fait toute sa carrière artistique en France. Il a une voix rocailleuse avec une excellente diction contrairement à ce qui a été écrit dans l'article d'hérouville. Cheïkh El Hasnaoui était très célèbre en France dans les années 50 et il a cessé toute activité artistique après ses derniers enregistrements de 1968.

Bonjour, merci de votre lecture attentive.
Si on fait abstraction d'opinions, de propos tronqués ou redondants avec notre chronique, nous avons jugé, après vérification, que quelques incompréhensions méritaient des corrections, ce que nous avons fait ce jour.
Par ailleurs, nous serions heureux de recueillir ici vos commentaires sur le disque à proprement parler.
A bientôt, je l'espère.