Teta - Blue tsapiky (2014)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/06-15/teta_bluetsapiky_front.jpg Blue tsapiky par Teta 3341348602622

Le Malgache Teta invente le post-tsapiky. Ses guitares hypnotiques d’influence traditionnelle invitent à la rêverie ou à la possession, selon les points de vue.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 13
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

Blue tsapiky

label: 
Date de parution: 
2014
Réf
types de supports: 
Digipack
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Dans le grand Sud malgache, la guitare acoustique est un luxe, voire l’aboutissement, technique et social, de la mandoliny artisanale. Le show-business national puise depuis longtemps dans le vivier des petits bardes régionaux d'extraction bara, karana ou mikea. Hélas, une fois au faîte de la reconnaissance insulaire, D'Gary, Miary Lepiera et les autres ont tous troqué l'énergie racée de leur brousse contre une production lissée. Ce constat préside sans doute au choix d'enregistrer les albums de Claude, dit « Teta », chez lui à Tuléar (Sud-Ouest malgache).

Non, le tsapiky n'est pas un condiment à base de fromage blanc et de fines herbes. Mais qui s'en souvient ? Longtemps masqué par la musique salegy du Nord, le boom de ce genre de Tuléar dans les années 1990 reçoit un écho national contrasté. Le genre est composite. Ses thèmes recyclent notamment en patchwork des boucles instrumentales des registres de possession masikoro et vezo. Lorsque, vers 2000, ses décibels énergiques atteignent enfin les oreilles occidentales, le genre a déjà vécu. A cette heure, Teta et Damily, deux guitar heroes d'avant-garde de cette scène, tous deux en phase d'internationalisation, explorent le post-tsapiky.

Contre toute attente, l'heure est à la déconstruction. A la dilatation. Exploration dichotomique de thèmes tsapiky, préméditée tout au long de longues répétitions solitaires dans une case surchauffée. Damily ouvre cette voie dès l'année 2000 pendant les prises outdoor de la compilation Tsapiky : Panorama d’une jeune musique de Tuléar (Arion, 2004). Le musicologue Julien Mallet s'enthousiasmait alors sur le rendu de ces performances « unplugged » : « Outre le jeu particulièrement riche (...), l'utilisation d'une guitare acoustique permet de saisir toutes les finesses du discours musical tsapiky. Et notamment les nuances d'un jeu subtil sur le timbre et l'intensité : les cordes sont tantôt effleurées (...), tantôt vivement frottées, parfois étouffées. » Un exercice que Teta a rodé à son tour sur les scènes françaises.

Ponctué de références personnelles, l'album Fototse (Buda Musique, 2011) nous parlait d'un tsapiky acoustique dans son jus. Une fois lancé, Blue tsapiky s'avère plutôt être un nouveau modèle à variateur de vitesse intégré. Certes, les tsapiky acoustiques (Mitakalitse, Dralako avao) succèdent au spleen des kilatsake ralentis. L'énergie bondissante des guitares et les martèlements percussifs, agiles, des doigts de la main gauche sont néanmoins là. La batterie est à cet album ce que la lettre « e » est à La Disparition de Perec : la guitare, privée d'amarres rythmiques, erre de jeux vocaux (Inay kara inay, Blue tsapiky) en folkomor esquissés (Vetso vetso, Mora mora). Instants évocateurs, par exemple, du style rythmn’n’ngoma du guitariste-chanteur mahorais Baco, cependant que la musique de possession de Ka manira olo nous ancre encore à la Grande Île.

Qui eût cru qu'un tsapiky puisse un jour s'intituler Mora mora (Doucement doucement) ? A franchement parler, le présent album a certainement été davantage conçu pour l'impromptu, cher au public international, que pour la frénésie radiophonique habituelle de Tuléar. A ce compte, l'effet lancinant des motifs mélodico-rythmiques répétés, isolés dans le tsapiky par Julien Mallet, exerce pourtant de façon réminiscente la même impression sur l'auditeur. Le musicologue l'expliquait par « les différentes notes (...) agencées pour former des phrases mélodiques dans un jeu qui favorise des procédés polyphoniques. » Tsapiky ou non, ces thèmes hypnotiques, tels des ancêtres masikoro, n'en finissent pas de côtoyer les vivants, chaque fois avec une fascination renouvelée.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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