Tarek Abdallah et Adel Shams el-Din - Wasla (2015)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/06-15/abdallah_shamsel-din_wasla_front.jpeg Wasla par Tarek Abdallah et Adel Shams el-Din 602547046345

Remettre l’oud d’al-Qasabji au cœur du tarab « à l’ancienne », c’est le projet de cœur du jeune luthiste Tarek Abdallah qui défie près d’un siècle d’écriture lyrique égyptienne

label: 
"Médias > Musique"
EUR 13
Type de produit: 
Album

Wasla

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Date de parution: 
2015
Réf
types de supports: 
Digipack
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Dans les pas de Şerif Muhiddin Targan (1892-1967), le virtuose irakien Naseer Shamma fonde en 1999 une école internationale de oud : la Maison du Luth Arabe au Caire (M.L.A.C). Depuis, cette pépinière prodigue à de jeunes talents d'origine diverses un solide bagage technique et musicologique. Shamma a commencé à récolter les fruits de ses efforts à l’éclosion d'instrumentistes de stature internationale, tels Mohamed Abozekry, Mustafa Said ou Tarek Abdallah.

Hanté par les compositeurs Mohammad al-Qasabji (1892-1966) et Daoud Husni (1870-1937), le jeune Tarek Abdallah a pris fait et cause contre l'« assèchement » historique du jeu de luth dans le tarab égyptien des années 1950-1960 par les orchestrations néo-classiques. Cette idée donne corps à son parcours, et son travail universitaire sur « L’évolution de la virtuosité traditionnelle dans l’art du ‘ûd égyptien en solo » aboutit en France en un projet artistique profondément technique.

De façon prévisible, ce premier album Wasla ambitionne la revanche du luth dans le genre tarab. A son écoute, le koweïti Ahmad Es-Sahli en résume le principe : « le nouveau concept ici réside dans l'élaboration d'une wasla [en arabe : Suite] instrumentale, et non vocale, contenant des cycles rythmiques différents et des modulations maqamiques/modales au sein de chaque maqam de base. » Pour ce faire, Tarek a imaginé qu'une fois réunis avec le tarab, le luth pourvoie seul, avec le riqq d’Adel Shams el-Din, au son de ce genre. « Wasla instrumentale », « tarab solo » : l'idée augurait une expérience « easy listening »... il n'en est rien.

Enoncé ainsi, ce projet un peu fou dispute à la poésie rien moins que sa proéminence incontestée en musique arabe. Une extravagance soit condamnée d'avance, soit condamnée à révolutionner les esprits. Sur le plan de la forme, la suite modale est ici un prétexte structurel aux séquences rythmiques, déclinées dans les modes bayyati, rast et sikah. Rythmes plus érudits que démonstratifs, comme par exemple certains cycles issus de muwachchah chantées rares, transposés ici au luth. Périodiquement, la suite, en mal de transitions subtiles, interroge la juxtaposition des mouvements disjoints.

Reste la musique. Les soupirs d'Oum Kalsoum sont-ils libérés ici des mots ? Cette expérimentation trouve-t-elle son esthétique naturelle propre ? Il se dégage d'abord une impression d'entrain de cette musique très écrite. Si les compositions sont façonnées dans l'esprit d’al-Qasabji, le jeu tranche avec les notes que son mentor, sous l'émotion, laissait parfois durer. Autant de respirations autrefois ménagées par le maître à son âme.

L’exécution est le miroir du luthiste. Tapi, l’auditeur y guette des émotions sincères et des instants de partage. Ici, la rigueur métronomique de Tarek imprime par exemple aux mouvements mesurés une perfection horlogère glaçante, plus proche de la modernité d’Ahmed El Kalaï que du tarab classique. Ceci dit, cet éclat, très assuré, rayonne d’une énergie certaine, notamment dans deux taqsims soignés.

Ces dernières années, Waed Bouhassoun, Mustafa Said, Hazem Shaheen et quelques autres ont déclaré leur amour au tarab par des productions modernes plus conformistes. Que pensent-ils de la musique de Tarek ? Son oud ose la transgression avec une érudition qui frise le technocratisme. Le jargon théologique arabe de « shirk » – en arabe : innovation – chargé habituellement de suspicion d'hérésie, rallierait volontiers les avis courtois du livret. Le mot de la fin revient à son compatriote Mustafa Said, « tarabophile » observant, qui lui adresse ce conseil bienveillant en forme de prophétie : « Nous espérons que Tarek Abdallah se délivrera de l'autorité de l'instrument et retrouvera la liberté de la mélodie, puisque nous constatons (...) que le 'ud domine sa réflexion compositionnelle (...) Et je dis qu'on verra de Tarek des œuvres où disparaîtra complètement l'interprétation individuelle de l'œuvre en faveur d'une interprétation collective du discours musical. »

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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