Tanzania Instruments 1950 (2003)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/12-15/tanzaniainstruments-front.jpg Tanzania Instruments 1950 par 9789077068205

En miroir de l’album Tanzania Vocals, cette envoutante compilation des campagnes de 1950 de Hugh Tracey joue la carte du medley ethnique, dans un esprit roadbook.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 13.5
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

Tanzania Instruments 1950

label: 
Date de parution: 
2003
Réf
types de supports: 
CD
9789077068205
0

Avec sa contrepartie Tanzania Vocals (SWP 023), ce Tanzania Instruments compile les campagnes d'Hugh Tracey au Tanganyika en 1950. Sur le papier, les polyphonies du premier relèguent théoriquement le second au rang de faire-valoir. Mais tout bien pesé, ce concert des tribus renoue avec l'esprit snapshot des premiers 33 tours de Tracey, galettes dorénavant introuvables où se télescopaient chansons ethniques, ritournelles et ngoma de l’hinterland tanzanien.

Aux manettes de cette sélection, Michael Baird oriente l’auditeur sur les prises attractives, musicologiquement parlant, quitte à éluder leur rapport éventuel à la danse. Pour illustration, les flûtes entrecoupées des Zaramo (Mjinga masikiyo uzibe) et les ngoma des Nyamwézi (Manyanga) ou des Haya (Two enkoito rhythms, Marombogo) déclinent diverses formes d’interprétation imbriquée. Combinée aux tons de ses semblables, chaque flûte viyanzi apporte sa pierre à un motif collectif. Dans les polyrythmies haya, divers tambours « atones » interagissent de même, et au final, chaque individualité trouve son sens dans ce chaos apparent.

Dans ces mêmes ngoma tanzaniens, le musicologue ghanéen Joseph Hanson Kwabena Nketia trouve même à chacun un rôle particulier, de la ligne rythmique sous-jacente au simple habillage idiophonique du tout. Manyanga illustre comment ce continuum rythmique incite d'autres sons improvisés, que Kwabena Nketia qualifie de « parasites » (ici, des sifflets) : « L'utilisation des sons de tambours et autres instruments de percussion à la tonalité indéterminée en tant que base pour la musique dans leur propre droit encourage l'organisation des sons parasites (...) ». De nos jours, ces sifflets sont très communs dans les ngoma d’Afrique de l’Est.

Le disque regorge de bien d'autres exemples d'interlocking, à commencer parmi les lamellophones des Nyamwézi.  A tout seigneur, tout honneur, cette famille est largement illustrée ici. On retrouve chez les Wagogo les vibrations rêches de cette famille, si recherchées chez les Shona du Zimbabwe. Pour ce faire, les Wagogo pendent aux lamelles des lanières de perles qu’elles mettent en résonnance (Chuma che nledi nkwigaila, Malume gasimbi  chilumenda).

Avec les tribus Hehe et Haya, Baird aborde le minimalisme des cithares tribaux, respectivement le ligombo et l’ennanga. Si le premier relève du bangwe du Nyassaland, le second, son cousin, est une cithare radeau plus répandue au Kenya et en Ouganda. Enchevêtrées avec le chant responsorial, leurs lignes respectives excèdent ici rarement quatre tons, et alimentent de la sorte les poncifs réducteurs à leur endroit.

Les quatre dernières pistes témoignent d’une sobriété tonale identique chez les Swahilis, quand bien même ces derniers empruntent les lamellophones à leurs lointains cousins de l’hinterland. Face aux hochets ou aux chœurs (Majirani njoni, Hindu yamsegesa), l’accompagnement se limite à des arpèges minimalistes des chansons d’esclaves. Le marimba de Mzee Juma se joue ici, parfois à quatre mains, de chants de travail obsédants (Tukulanga, Kisonge), refrains responsoriaux virils qu’on connait encore au patrimoine oral des Comores. L’illusion avec des mgodro anciens interprétés au dzendze est parfaite.

Ces quatre bonus enregistrés à Zanzibar rappellent, s'il le fallait, l’occasion manquée d'une compilation 100% swahilie des campagnes d'Hugh Tracey. Ne lui en déplaise, SWP n'a pas retenu cette clé de lecture. Les Tanzaniens le savent bien : « Là où le maître de la maison est absent, les crapauds grimpent aux bananiers ». Guidé par ses découvertes, Michael Baird lui préfère un nouvel exercice de patchwork ethnique, dont les sonorités boisées raviront aussi les amateurs de son Secular Music from Uganda (SWP 024).

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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