Secular Music from Uganda 1950 & 1952 (2003)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/02-15/secularmusicfromuganda_front.jpg Secular Music from Uganda 1950 & 1952 par 9789077068236

Équipée inédite dans l’Ouganda du début des années 1950, placée sous le signe de la bonne humeur. Hululements et instruments foisonnent ici avec une gaité communicative.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 13.5
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

Secular Music from Uganda 1950 & 1952

label: 
Date de parution: 
2003
Réf
types de supports: 
CD
9789077068236
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« Toutes les choses s'aiment dans la nature, les lèvres aiment les dents, la barbe aime le menton, et même les fourmis aiment faire br-r-r-r ensemble » : les refrains des Soga d'Ouganda répètent la jovialité propre à leur musique.

Des campagnes d'après-guerre du musicologue Hugh Tracey, le label SWP réalise cet instantané à la confluence des cultures bantoues et luo. Passées les inévitables musiques de cour aux xylophones akadinda et amadinda – Royal Court Music from Uganda, SWP 008 –, l'épisode présent est un travail unique sur les diverses chansons traditionnelles des minorités christianisées bantoues (Soga, Nyoro, Toro, Konjo) et nilotes (Teso, Dhola). Etonnantes manifestations de la liesse, hélée avec l'insouciance caractéristique d'avant la dictature.

Légère ou morale, cette chanson ne se conçoit que sur un flot instrumental : xylophones géants, harpes horizontales, pianos à pouces likembe, hochets saccadés… La musique pentatonique ougandaise est l'écho de tout ce que la forêt compte de sonorités boisées. Toutes participent de cet enthousiasme général. Les motifs cycliques enchevêtrés – ou « interlocked » – chers aux musiques collectives, y prévalent avec une fébrilité toute ougandaise. Ici, le son des orchestres, indifféremment de pianos à pouces (Okachi, Obuwala bwe nawanende) ou de harpes ekidongo (Omukungu Nakanyagwe, Rwakyesiga ensolima) enchevêtrent tous au moins deux demi-phrases en un motif en hémiole, mimétiques, par leur chute trépidante, d'un parlando descendant.

Cette nature loquace est explicite quand, à son tour, un chœur vocal répond au chant pentatonique par une autre phrase, aux mêmes accents tombants (Kiriyo, Mere, Amagombe galindya). Quand il l'observe chez les Acholi – Ouganda - Musique des Acholi : Chants de sagesse et d'exode (Inédit, 2009) –, Pierre Bois caractérise ce phrasé par les « grandes enjambées » de ses intervalles, accentuant l'effet descendant de cette hémiole.

En tuilant épisodiquement la voix du chanteur, l'écho du chœur ponctue, en outre de cet effet polyphonique éphémère, un dialogue le plus souvent responsorial. Soutenu par le hochet nsaasi, l'effet hypnotique est saisissant (Warumbirigwe, Lwakuba abataka). La liesse s'exprime encore dans quelques yodles ornementaux (Omukungu nakanyagwe, Rwakyesiga ensolima) ou responsoriaux (Ayanhangiri abakozi). Ces phrases colorées en hémiole sont si essentielles ici, qu'on les retrouve encore jusque dans les thèmes au ndere, la flûte traditionnelle iconique de la tradition partout en Ouganda.

On l'aura compris, l’attractivité de la compilation doit beaucoup à sa diversité. Lames bandées des likembe budongo, raclement des hochets. Dissonance des sifflets à deux tons. Harpe adedeu aux basses de tanburah soudanaise. Grumes des xylophones géants, embaire ou ndara. Ambivalence des harpes ekidongo, quelque part entre le likembe et le xylophone. Sans parler des trompes monotones amagwala (Kate kalume, Mulimo omutanda) où, telles les fanfares de cornes bungo (Kenya) ou de trompes waza (Soudan), chaque vrombissement grave compose, collectivement, un thème syncopé pour la danse.

Derrière le micro, Hugh Tracey est un collectionneur flegmatique de sons.  L'oreille à l'affut, il traque les refrains caustiques et s'en amuse. Que ce soient les simples jeux vocaux des devinettes Kukoikya des Toro, ou le trio réuni pour lui à Fort Portal (Losungu bakali). Visiblement réjoui, il note : « Les chanteurs étaient manifestement tous des prévenus de la prison locale, tous laissés dehors pour l'occasion ».

Quarante ans avant la première campagne d’Ocora dans ce pays, l’auditeur découvre ici un Ouganda « untouched », encore vierge des influences urbaines ou globales. Malgré le regain des musiques traditionnelles pendant la dictature, à la fois comme exutoire et comme tissu social, toute sa diversité n’a pas survécu. SWP publie ici un matériau ethnique aussi rare que dépaysant, qui soutient par exemple la comparaison avec les rares compilations sur le Nyassaland ou sur les Berta (Soudan).

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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