Samir Siblini - Collection grands interprètes méditerranéens - Samir Siblini (2006)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/04-14/samirsiblini_front.jpg Collection grands interprètes méditerranéens - Samir Siblini par Samir Siblini EC 1924

Transposer au ney des thèmes de la tradition arabe classique du Levant, c’est le défi lancé au virtuose Samir Siblini, un géant de la scène libanaise de Tarab.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 16
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

Collection grands interprètes méditerranéens - Samir Siblini

label: 
Date de parution: 
2006
Réf
types de supports: 
Digipack
EC 1924
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La voix rauque de la flûte en bout ney fascine le Moyen-Orient depuis bientôt cinq mille ans. Sonorités envoûtantes, quasi idiophoniques, du souffle dans le roseau, appelant constamment à la méditation. Incarné en roseau, Jalal-Eddine Rumi peinait à décrire sa rugosité acoustique avec des mots : « Mon secret n'est pas loin de mon gémissement / C'est une clarté invisible à l'œil / Il est comme l'âme que personne ne voit (...) / C'est du feu, non du vent (...) » Aucun perfectionnement, aucun artifice n'a altéré, ni égalé ce son brut jusqu’à nos jours.

Avec son style juste et joyeux, le flûtiste beyrouthin Samir Siblini a fait passer, dès ses débuts, le ney de la pénombre à la lumière de l'orchestre. Son jeu lui vaudra des débuts d'anthologie aux côtés des artistes libanais Wadih El-Safi, Nour El-Houda, Nasri Shams Eddin, puis des tunisiens Aliya et Nehmat Al-Tunisiya, mais surtout la fine fleur du tarab égyptien – Farid El Atrache, Mohammed Abdel Wahab, Abdel Halim Hafez... presque tous, en fait –. En 1968, sa carrière prend un tournant original lorsqu’il est débauché par la radio-télévision libyenne pour en renforcer l'orchestre. Douze ans durant, il y enrichit son jeu d'apports épars de malouf local.

C'est pour la complétude de ce jeu labial que Kyriakos Kalaitzides l'a choisi pour son projet Grands interprètes méditerranéens. Selon ses mots : « Le nay de maître Siblini exprime dans son jeu toute une palette d'émotions  et de couleurs (...) ». Un recueil représentatif, aux sonorités parfois ottomanes, succession alternée de taqsims magnifiques et de thèmes menés par le derbouka.  A l’instar du volume consacré au oudiste Ahmed El Kalaï, son ambition réside dans une exigence technique absolue d’exécution d’un répertoire musicalement « raisonnable », ces pièces trouvant finalement leur coloration dans l’adaptation soliloque. Ainsi transposé au ney, le Samâ'î Bayâtî d'Ibrahim Aryan, ou le Shahnâz Lunga d'Adham Efendi gagnent en enthousiasme ce qu'ils ont perdu en solennité.

Alternativement, les Taqsîm Nahâwand et Sîkâ sont interprétés avec une grande sensibilité. Le souffle maîtrisé, bien qu'exempt de quintoiements ou d'essoufflements rythmiques, parvient à suggérer l'émotion des taqsims mevlevi. Habile conjonction du trouble calculé, de la méditation et de la mélancolie mystique des grands ney turcs, à commencer par Niyazi Sayin. Troublé à son écoute, Kalaitzides redit la sensibilité universelle de l'individu à ce message : « … son souffle enthousiaste fait ressurgir les sirènes de la mémoire et réveille en nous une nostalgie qui nous ramène aux sources-mêmes de l'esprit." Emotion viscérale, qui pallie, seule, à la contingence des descriptions. Ce chant éveille, selon Marie-Barbara Le Gonidec, une inclination mystique chez tout un chacun : « L'homme devient l'instrument de Dieu et, en laissant chanter le ney, son âme amoureuse se tourne vers le Divin comme les plantes vers la lumière ». Et Kalaitzides, jubilant, parachève sa description par cette évidence : « C'est le nay ! ».

Par contraste, les intermèdes entrainants interviennent ici à contre-emploi, comme des respirations entre ces taqsims graves. Humeurs légères, guillerettes, d’ailleurs égales dans les compositions personnelles Mazûfat Samir et Mazûfat Hanân. Sur les couplets du merveilleux Dûlâb Râst, le qanun d’Imane Homsy et le oud de Charbel Rouhana s'évertuent à imiter cette volatilité du ney par l'alternance de taqsims mi-lents.

Ce projet Nay porte les ambitions encyclopédiques de la collection En Chordais. Musicalement, Siblini y privilégiait le répertoire profane classique aux régionalismes, fussent-ils pastoraux ou mystiques. C'était sans compter sans le pouvoir intrinsèque d'évocation de l’instrument. Sensibilité mystique et nature brute du roseau s'accordent certainement lorsque la sagesse persane, toujours à l'affut d'un double-sens, conclut, assez à propos : « Quelle bonne [chose], que les plantes se soient enamourées [à ce point] de la lumière ! ».

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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