Saeid Shanbehzadeh - Musiques du golfe Persique (2010)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/02-12/shanbehzadeh_front.jpg Musiques du golfe Persique par Saeid Shanbehzadeh 3259130179255

Ce disque du maestro du ney fait figure de documentation rigoureuse du patrimoine populaire métissé du port iranien de Bushehr, interprété avec une liberté virtuose.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 12
Type de produit: 
Album

Musiques du golfe Persique

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Date de parution: 
2010
Réf
types de supports: 
CD
3259130179255
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Longtemps, le port de Bushehr (sud de l'Iran) fut le rendez-vous des boutres arabes et objet des velléités coloniales déçues. Cette médina défraîchie assume à présent son brassage culturel entre Arabes, Kurdes, gitans, Bakhtiyaris et Swahilis... 100 % en persan ! Derniers arrivés, les sonneurs des marais d'Abadan fuyaient les bombardements irakiens de 1980. Leur cornemuse neyhanban complète avantageusement le riche patrimoine oral local. « Les joueurs d'instruments sont pauvres en Perse, et mal habillés ; il n'y a que ceux qu'entretient le roi qui méritent d'être écoutés », écrivait au XVIIe Jean Chardin. Chantre des petits sonneurs des bals occasionnels d'Iran, Saeid Shanbehzadeh et son trio font triplement mentir ces lieux communs. Sûrement par idéal, pour contrer le genre côtier moderne bandari keybordi, trop réducteur, trop dénaturé. Si on se réfère à ses expérimentations passées, le présent CD de Shanbehzadeh fait figure de documentation rigoureuse du folk régional, interprété avec une liberté virtuose.

Genres à danser, chants séculaires ou sacrés, Shanbehzadeh perpétue et transcende l'art mélismatique de la petite double-clarinette de roseau ney jofti. Les ritournelles immémoriales sont ici rejouées à leur avantage quand le maestro dilate épisodiquement le temps en de longs apartés instrumentaux non métrés, réminiscences des maîtres égyptiens de la clarinette arghoul. Sur le morceau Bandari, le son pincé du bourdon virevolte sur une introduction démonstrative de près de quatre minutes. Tel un oiseau, la clarinette nasillarde survole le rythme lent des tambours dammam (Hajuni, Bandari), le pas de danse africaine, une cadence lourde et syncopée. La fièvre gagne ensuite le trio qui ondule avec ses instruments. Intermède ludique de chorégraphie virile comme le partagent trois amis au coucher du soleil, sur le sable ou sur les enrochements du port-aux-boutres.

Sur scène, Shanbehzadeh restitue ces instants lointains. Sa transe tournoyante évoque tantôt les danses processionnaires des esclaves, tantôt la fièvre des possédés du rituel zâr. Avec la même liberté maitrisée, il invite un maestro du drone vocal pastoral (Sharveh), ou encore, il profane une lamentation du deuil chiite, ici pour le ney mouro, un grand hautbois balaban méconnu. Solide et libre, l'artiste célèbre autant de maîtres et de genres en extinction, aux fiertés toutes forgées dans une exigence commune.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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