Roberto Fonseca - Zamazu (2007)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/03-12/robertofonseca_zamazu_front.jpg Zamazu par Roberto Fonseca 063757949923

Nourri de spiritualité, le pianiste prodige cubain réalise un disque luxuriant, en repoussant les frontières du latin jazz jusqu'au flamenco et à la musique orientale.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 12.5
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

Zamazu

Actuellement indisponible
label: 
Date de parution: 
2007
Réf
types de supports: 
CD
063757949923
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C’est suite à la rencontre en 2001 avec le gériatrique Buena Vista Social Club éclipsant alors le reste de la scène cubaine que le jeune virtuose du piano sera mis en lumière. Engagé comme doublure, Roberto finit par remplacer son idole Rubén González (1919-2003), puis tourne avec Ibrahim Ferrer (1927-2005) jusqu’au dernier souffle du vieux crooner. Fort de cette expérience, Fonseca peut finaliser son nouveau projet, Zamazu. La projection internationale est pour le coup totale : label allemand, production brésilienne (Alê Siqueira), invités de marque comme l’Andalou Vicente Amigo ou le Bahianais Carlinhos Brown pour le beat et la haute couture parisienne d’Agnès B pour le look.

Au fil des années, c’est la forme plus que le fond qui a évolué avec l’effacement des guitares électriques et autres claviers au profit du piano et de la contrebasse, outre la raréfaction des incursions rap ou electro. Cependant les fondamentaux demeurent : la spiritualité et le lyrisme, empreints tout deux de cubanité. Comme les concerts, le disque s’ouvre par un chant spiritiste interprété a cappella par Mercedes Cortés, heureuse maman du prodige. Tierra en mano, le titre qui suit —on devrait dire qui prolonge la messe— rappelle par certains égards un Omar Sosa, autre pianiste ô combien concerné par la santería. Et comme Sosa, Fonseca abolit les frontières géographiques et confessionnelles des genres, faisant voyager Sainte Barbe, déjà confondue en un Changó yoruba, jusqu’à sa Turquie supposément originelle : Congo Arabe emprunte à l’Orient ses mélopées et à l’Espagne andalouse ses guitares flamencas. Cette même veine orientale irrigue Ishmael, le grand succès du Sud-Africain islamisé Abdullah Ibrahim (ex-Dollar Brand), repris ici dans une version moins extatique que l’originale. L’ostinato s’y mue en un tumbao pur jus avant que le piano (une fois n’est pas coutume) ne plaque de gros paquets de notes latin jazz à la Palmieri. Un set de tambours batá sur Clandestino et de rythmes abakuás sur Zamazu, Suspiro et Zamazamazu, apporte la touche afro-cubaine.

Le lyrisme, c’est la face cachée de la musique cubaine, occultée par les « rythmes endiablés », les strass du ballet Tropicana, les envahissants carnavals ou plus généralement l’incroyable production de musiques de danse depuis le danzón de Faílde (1879) jusqu’à la timba des années 1990. On aurait tort cependant de sous-estimer l’influence de ces pianistes du XIXe siècle, les pères du nationalisme musical cubain que sont Ignacio Cervantes ou Manuel Saumell, ou même un Sindo Garay, trovador étirant son existence centenaire entre deux révolutions, de celle de 1868 (contre l’Espagne) et jusqu’à une dizaine d’années après celle des Barbudos de Fidel Castro. Les parties méditatives du saxophone soprano de Zalba ou du piano de Fonseca sont soulignées par les paroles imaginaires entonnées par ce dernier.

Fruit d’une lente gestation nourrie bien en amont d’influences jazz afro-cubain ou jazz tout court des Chucho Valdés, Emiliano Salvador, Keith Jarrett, Herbie Hancock, Michel Petrucciani, l’album rend finalement un hommage réitéré à ce club déjà cité de l’âge d’or et canonique de la musique cubaine, personnifié en Cachaíto López, Omara Portuondo, Guajiro Mirabal (tous trois invités ici), et Ibrahim Ferrer (à titre posthume et en fragments d’interview) sur les plages Llegó Cachaíto, Mil congojas, Triste alegría et El niejo, respectivement. Une belle synthèse du passé et de l’avenir.

Par Didier Ferrand | akhaba.com

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