Raoul Journo - Raoul Journo (2014)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/06-14/raouljorno_front.jpg Raoul Journo par Raoul Journo 3341348602493

Restaurés, les disques vinyles tunisiens de Raoul Journo prennent une vigueur étonnante. Flashback sur l’un des plus vibrants crooners de la diaspora pied-noir.

"Médias > Musique"
EUR 10
Type de produit: 
Album

Raoul Journo

Date de parution: 
2014
Réf
types de supports: 
CD
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Saul Journo (1911-2001), dit Raoul, est un chanteur clé de la chanson tunisienne d'inspiration classique. La postérité l'inscrit au crépuscule d'une lignée d'interprètes tunisiens prestigieux remontant aux années 1930 – Cheikh El Afrite, Habiba Msika… – mais aussi au cœur de la singularité juive profane du Maghreb. Cette production étincelle, parmi d’autres, d’un enthousiasme particulier pour la chose arabo-andalouse.

Quand la distinction de cette chanson judéo-arabe dans le corpus des titres arabisants de l’époque est parfois ténue, c'est d'abord l’énergie qui préside chez Raoul Journo. A l'issue d'un prélude istikhbar lilliputien, ses compositions juxtaposent une chanson métrée à un bref poème dans l’esprit du muwwal. Le tout généralement ramassé sur les six minutes permises par le format 45 tours. Le champ lexical est donc celui de l'efficacité ; ney ou violon, l'instrumental est réduit à son expression la plus directe.

Tel son maître El Afrite, Journo emprunte fréquemment au ton larmoyant du chant malouf, voire au leyl égyptien (Orkos Ya Rakassa, Ya Samra). Cependant Rabah Mezouane souligne chez Raoul : « Ce que le public maghrébin apprécie le plus, outre son coffre impressionnant et sa verve poétique, c’est [précisément] sa fidélité au terroir, refusant toujours de céder aux emprunts égyptiens ou libanais (…) ».

Fort de son timbre puissant, Journo fut un crooner de premier ordre, et, on s'en rend compte ici, ses titres, redoutablement calibrés, promettent l'entrain des fêtes de mariage qu'il animait. Sa gouaille est par exemple triomphante sur Maktoub.

Par sa mélodie imparable et une exécution millimétrique, la ritournelle de Tal Elouahch rejoint le Yatima de l'Egyptian Musical Club de Mombasa au panthéon des hits orientaux perpétuels. Ecrit sur le même modèle qu'Ana Ettargui ou Ya Nass Elfarah, celui-ci est de loin le titre le plus réussi. A défaut de l'égaler, les nombreux enregistrements en concert (B’nat Essahra, Khallouni Eih, Ya Mahfel Ritouche Khdija, Salma, Alache Kalbi) rendent davantage l'ambiance surchauffée de ses concerts.

Raoul Journo n’échappe pas au halo de nostalgie qui entoure la chanson judéo-arabe. Ce genre tire, dit-on, cette humeur récurrente de la longue tradition d’exil des sépharades. Tour à tour israélite, andalous et enfin pied-noir. Nonobstant le caractère original des interprètes juifs maghrébins de cette génération, Lili Boniche commente laconiquement cette appellation trompeuse : « Est-ce qu’on dit d’un Musulman qu’il joue de la musique islamo-arabe ? Je joue de la musique arabe, un point c’est tout ! ».

Après 1961, nombre des juifs du Maghreb émigreront en France, et d’autres simplement en Terre Promise. L’évènement date la perte d’un Eden rêvé. De Paris à Jérusalem, la diaspora galvanisée n’aura de cesse, dorénavant, de rehausser à chaque écoute le piédestal de cette musique.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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