Rajab Suleiman et Kithara - Chungu (2013)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/06-14/rajabsuleimanetkithara_chungu_front.jpg Chungu par Rajab Suleiman et Kithara 3341348602486

Kithara est la formule lyophilisée du Culture Musical Club de Stone Town. Derrière le qanun de Rajab Suleiman, la troupe resserrée dope au ngoma ses taarabs d’une complicité revigorante.

"Médias > Musique"
EUR 12
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

Chungu

Date de parution: 
2013
Réf
types de supports: 
CD
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Lors de son baptême du feu à Paris en novembre 2013, nous évoquions dans quel contexte le quintet Kithara s'est progressivement attitré la crème des musiciens du vénérable Culture Musical Club de Stone Town (Zanzibar). Derrière le cithariste Rajab Suleiman, citons : Mohamed Hassan (accordéon), Mahmoud Juma (contrebasse), Said Ali Kombo (violon), Hilda Mohamed et Saada Nassor (chant). Ce combo à géométrie variable étrenne depuis des compositions plus personnelles sur le berceau duquel se sont penchées les célébrités locales, Makame Faki (oud, chant) et Rukia Ramadhani (chant).

Si tous répétaient dans le local du Club à Vuga Road ces dernières années, c'est bien sur les grandes scènes d'occident que l’inspiration de ce premier album a mûri. D'années en années, impossible d'ignorer comment l'orchestre du Club, désinhibé, galvanisait sur scène son public sur ses rappels tribalisants de ngoma ou de kidumbak. Comme si, dans un éclair de lucidité, le public ne communiait avec l'orchestre qu'à cet instant ultime. Exotisme ou fantasmes d'Afrique ?  « C'est du swahili pour moi » répond l'expression germanique de circonstance. 

La troupe assume dorénavant ce regard désuet aux effluves coloniales, en exagérant ses emprunts de ngoma bomu ou kyaso, avec le ludisme ad hoc à la scène. Encouragée, sans doute aussi, par le boom actuel des troupes de ngoma à Zanzibar ou à Pemba. Opportunément, Kithara pousse à dessin la connivence historique entre ngoma et taarab. Les beats de ngoma mahumbwa et de kidumbak vitaminent respectivement les titres Kumbe Ndivyo Ulivyo et Hisiya Za Muungwana. Ailleurs, les chœurs de Kombo imitent avec soin la danse villageoise ngoma bomu et son entrain, traditionnellement tirée par le hautbois zumari.

Quid des cataractes de violons à l'unisson ? Ou sont passés les bashrafs majestueux ? Lorsque son producteur Werner Graebner situe Kithara à la croisée des variantes anciennes et nouvelles du taarab, le son de l'ensemble semble, plus que jamais, contraint par son effectif.

Ebauché par l'album Shime ! (2008)  du Culture Musical Club, la mise en sourdine des cordes façon Oum Kalsoum, profite à l'ambiguïté des emprunts rythmiques. Flonflons et refrains chevrotants renverront désormais les rêveurs à la facétie du texte. Fort de ses jeunes divas, cet album Chungu renoue davantage avec la gouaille des grandes zanzibarites (Siti Bint Saad, Bi Kidude), leur humour pince-sans-rire, et, disons le, une certaine bonne humeur.

« La douceur, je la connais, dans mon pot en terre, / Le plaisir, je le connais, dans mon pot en terre, / Je ne donnerai pas la préférence aux ustensiles modernes de cuisine (...) / Le goût de la nourriture est ce qui fait / que je ne les désirerai pas. (...) / le pot en terre n'a pas à rougir (...) / il y a ceux qui aiment les nourritures amères, / et qui écartent celles qui sont douces, / Je n'abandonnerai pas mon pot en terre, / votre cuisine ne peut pas me séduire. »

Rictus amusé. Sous leurs dehors de cuisine de brousse, ces allégories grivoises du titre Chungu imitent des standards swahilis très anciens comme Chamsi Na MweziLe soleil et la lune – ou Mnazi Wangu Siwati Kwa MkomaMon cocotier contre un palmier doum –. 

Enfin, l'album est surtout un exercice de style pour le qanun omniprésent de Rajab Suleiman ; une entreprise quasi soliste qui casse les codes de l'orchestre. Dans l'entrain général, son jeu enthousiaste le démarque notamment d'un précédent zanzibarite, commis dans les années 1990 par Abdullah Musa Ahmed, en duo avec Saif Salim Saleh. Sa générosité traduit un plaisir communicatif à ornementer et à improviser comme par exemple sur Ridhika.

Tandis qu'une page se tourne sur l'histoire du taarab zanzibarite, Kithara évolue parmi les formations plus compactes, et plus professionnelles aussi, qui redessinent la scène de Stone Town. Son avenir dira si ce cocktail relevé est le bon. Saluons en tout cas une belle énergie. Shukrani nyengi !

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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