Prophet 24 - Nigeria (2001)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/12-13/prophet24_nigeria_front.jpg Prophet 24 - Nigeria par 028946845028

Au gré d’un périple hors du temps, Charles Duvelle décline divers aspects traditionnels de la musicalité haoussa (Nigeria). Enregistrées chez les griots d’autrefois, ses prises convient l’auditeur à un spleen ethnique.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 13
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

Prophet 24 - Nigeria

label: 
Date de parution: 
2001
Réf
types de supports: 
CD
028946845028
0

Mosquées en pisée, kaftans brodés, turbans touarègues, vièles décharnées : les photos blanchies de Charles Duvelle racontent un Nigeria d'antan, digne de l’explorateur René Caillié (1799-1838). Une expérience délicieusement désuète, oublieuse du rayonnement musical moderne de ce pays.

Le périple sahélien de Duvelle, en 1961, l’avait mené en terre haoussa, aux frontières du Niger. Ce, bien avant les terrains nigérians de David Wason (1965) ou Benoît Quersin (1972). Ses rencontres avec les griots ne furent pourtant jamais publiées par Ocora. Ainsi revint à sa collection Prophet, trente ans plus tard, le privilège de cette compilation proprement haoussa.

Où l’on découvre la musicalité pentatonique particulière de ces bardes de l'aristocratie locale. Ce qui frappe c'est d'abord l'éclectisme des griots musiciens. Outre un même art du panégyrique, l'auditeur peinera à distinguer parmi eux un genre fédérateur. « ...si la musique joue un rôle social très important chez les haoussa, il n’y a pas de fonction strictement définie pour chaque genre » selon la musicologue Cécile Delétré. Les chants séculaires sont donc ambivalents, et, plus que leur forme, le contexte préside à l'usage qu'ils prennent, au gré des occasions. D’où une difficulté ici à nommer les prises.

Leur diversité sonore aussi est déconcertante. Contrairement aux songhaï ou aux zarma, le jeu des instruments s’épanouit pleinement dans l’art épique haoussa. L’accompagnement par ces tambours, hochets, chalumeaux alghaïta, ou vièles d'un minimalisme trompeur, transcende les clichés répandus de la musique sahélienne. La hadra collective brouillonne cède plutôt ici à la flatterie des commanditaires. Ainsi libérée, notre imagination est stimulée à leur écoute.

La Musique pour les chasseurs et les invulnérables, battue au son élastique des tambours « chantants » d'aisselle kalangu, est par exemple une louange enthousiaste, hypnotique. Construction percussive groovy, confuse, qui résonne des éclats... d’une cuvette métallique. Même impression avec les Chant et tambour kotso, où chœurs, son de caisse claire du kotso et scansion fébrile d’une généalogie s’entremêlent en harmonie étrange, décalée.

Sur Chant, flûte et hochets, les hululements de la flûte oblique sarewa, entêtante, nous transporteront par exemple dans une forêt imaginaire d'Afrique centrale, au bruissement saccadé de hochets… mozambicains ? m’sewe ? kayamb ? Plus loin, le refrain plaintif du Chant et luth komça, avec son refrain scandé, est inattendument mimétique d’un blues de Leadbelly. Enfin, l'air de Vièle monocorde et chant virevolte à la façon d'une nouvelle flûte, tandis que son refrain nous remémore ce que le chant gnawi marocain doit aux nomades du Sahel.

Ici, l'explorateur-musicologue a érigé ses matériaux inédits avec une exigence, selon ses termes, d’ « authenticité temporelle », c’est-à-dire de « dimension temporelle véritable ». Comprendre : des chants longs, moins formatés pour le 45 tours que pour les occasions villageoises. L'auditeur, entre foule en liesse et duos intimistes, trouve dans cet artifice de patience une immersion, une centration acoustique particulière, que Duvelle définit par « un autre niveau de perception, plus riche et plus intense ». Le temps est la richesse véritable du rêveur.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

extract1: 
Mots Cles
Genre: 
Région: 
Partager | translate
commentaires