Prophet 19 - Tchad (2000)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/07-14/prophet19_tchad_front.jpg Prophet 19 - Tchad par 28946449523

Hautbois de cérémonie, chœurs de femmes du fleuve Chari (Tchad) : ces sessions sont un écho fidèle, à quarante ans d’intervalle, aux sessions pléthoriques de Charles Duvelle ou de Monique Brandily.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 13
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

Prophet 19 - Tchad

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Date de parution: 
2000
Réf
types de supports: 
CD
28946449523
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« Celui qui ne grimpe pas sur l'arbre, mange les fruits qui ne sont pas mûrs ». La témérité de Charles Duvelle et Michel Vuylstèke tient dans cette promesse de la sagesse sara. Leur exploration de 1966 suit de peu les pas de Monique Brandily sur les rives du fleuve Chari (Tchad). Trop lointain, ce pays au carrefour des méharées demeure depuis un inaccessible Voyage au centre de la Terre pour leurs pairs.

La campagne musicologique de l'époque est pourtant l'une des plus prolifiques de l'Ocora. Le coffret Anthologie des musiques du Tchad   réunissait dès 1968 ces nouvelles prises tchadiennes sur pas moins de trois vinyles : Les Sara (OCR 36),  Le Mayo-Kebbi Occidental (OCR 37) et Populations Islamisées (OCR 38). Ethnies proclamées arabes. Barma.  Sultans du Sahel. Royaume ancien du Kanem. Une véritable épopée ethnique, magnifiquement rendue par le format 33 tours haute-fidélité. Parmi d'autres, le présent CD rétrospectif Tchad (Prophet 19) en ressuscite en numérique des prises oubliées, dont la qualité technique décuple la fraîcheur. 

Prêtons par exemple l'oreille aux flûtes festives chila chila des arabes Salamat (Bardé, Farto). Leurs à-coups centrifuges s'essoufflent en un dialogue tournoyant. Ne sonnent-elles pas des mêmes qasaba des Berbères (Maroc, Algérie) ou de la Tihama (Yémen) ? Que dire du luth djigendi algara du griot dékakiré Issa Chauffeur ? Un gnawa ne le pincerait pas mieux. Sa louange pourrait d'ailleurs être celui d'un grand sultan Haoussa.

A l'écoute, toutes les sonorités de ces plaines centrales sont confondantes de la sorte : hautbois, hochets, luths, tambours, chœurs. Entre harpes des Grands Lacs et griots nigériens, flûtes des Aurès ou chants pygmées, nos sens sont trompés à tous coups. Toute l'Afrique est là. Les griots sahéliens tout proches à l'ouest ; le Rift à l'Est. En bref, nous sommes au centre. Donc, nécessairement à la confluence d'autres ailleurs ?

Pour Charles Duvelle, la musicalité des Barma, des Arabes tchadiens, des Haoussas et des Saras résonne d'une unité musicologique incertaine qu'il nomma d'après son étude homonyme de 1970 : « la musique orientale en Afrique noire ». Entendons : les musiques populaires d'influence arabe au Sahel. Une idée qui devait plus à son observation de terrain qu'à une typologie catégorique.

Premièrement sur le plan tonal, où les exceptions pentatoniques attestaient de l'écrasante majorité des mélodies heptatoniques, comparativement. Mais taisent sa dissonance.

Deuxièmement, le musicologue y prêtait une ligne monodique unique à l'influence mélodique du Maghreb arabisé. Qu'elle soit la phrase du hautbois alghaïta des Kanembou (Aba Guirmi) ou celle d'un chœur barma et sa virgule yodlée (Kaninga), on devine l'indigence de ce thème à résumer, tant la diversité que la majesté de ces musiques.

Au milieu de nulle part, l'Ocora ouvrait nos yeux. Quand, par exemple, les flutes bayas des Barma hoquètent une cadence de pagaie par leur jeu chanté-soufflé (Pour encourager les piroguiers) : chant de travail ou responsorial monodique ? « Quand le sage désigne la lune, le fou regarde le doigt ». Dès 1961, Charles Duvelle présentait l'accompagnement instrumental « vocalique » des griots comme un langage parlé, articulé. Au Tchad, Monique Brandily préfère parler de musicalisation, ou de « déguisement » du message parlé, par exemple dans le jeu du luth keleli.

Les tambours chaloupés ganga et bandil des Barma portent ici le chant, ils respirent d'un pas ou d'une corvée répétitive. L'essence de cette musique niche davantage dans son vécu que dans sa structure. A son échelle, elle moque nos contradictions vaines entre voix et message, entre centre et périphérie, identité et emprunts. Quand le livret Prophet omet le panégyrique des griots, pourtant si essentiel aux natifs, il ne nous montre que mieux son pourtour.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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