Prophet 12 - Touareg du Mali (2000)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/12-14/touaregdumali_front.jpg Prophet 12 - Touareg du Mali par 28946448823

A la faveur de prises presque impromptues au Mali, Charles Duvelle réalise un instantané de la chanson traditionnelle touarègue. La beauté troublante de l’imzad est révélée par ce tirage en noir et blanc.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 13
Type de produit: 
Album

Prophet 12 - Touareg du Mali

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Date de parution: 
2000
Réf
types de supports: 
CD
28946448823
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La légende vivante des « hommes bleus » les précède aux quatre coins du Sahara : une existence errante, indissociable des caravanes ou des transhumances. Ecornée par leur sédentarisation dramatique au Sahel, le mythe veut aussi que l’immense désert, du Hoggar au Mali oriental, soit depuis toujours leur terrain de jeu. Une dissémination de quelques deux millions d'individus de souche berbère qui défie une unité culturelle monolithique et, avec elle, la chanson traditionnelle en langue tamasheq. A cent mille lieues du destin des ishumars, leurs caravanes croisaient encore en 1961 celle de l'expédition OCORA dans le Sud-Est malien. 

Dans un premier temps, le musicologue Charles Duvelle a recensé l’instrumentarium touarègue. L’affaire a été vite entendue : du tambour tindé à la vièle imzad, leurs rares instruments traditionnels sont facilement transportables, voire éphémères. Le tehardent, un luth à caisse oblongue de la famille du guembri maghrébin, est mieux connu au Mali de nos jours sous les noms de ngoni ou de tidinit.

D’ailleurs, la tradition musicale touarègue cumule le dépouillement des musiques sahéliennes avec certaines caractéristiques modales de la musique berbère, notoirement limitée à cinq tons. D’où la sensation, par instant, de déjà-vu d'ahidous berbère ou de masenqo abyssin. Cependant que, malgré leur homogénéité apparente, les chants avaient de très nombreux usages : possession, occasions festives, récit, divertissement.

Réalisé en partie à Bourem, l'enregistrement se focalise sur le griot Ibrahima Gaya et son luth tehardent. Les chants profanes, rythmés par les claquements de mains du groupe, y sont amalgamés en un genre générique, homonyme. Récits (Tehri) ou louanges des guerriers (Sourougueï, Tika tahri), ces chants s'exécutent dorénavant indifféremment, davantage pour le divertissement impromptu du groupe que pour l’apparat. Duvelle effleure cette déchéance statutaire du griot touarègue qui, s’il chantait autrefois « pour les chefs », à la façon de ses homologues songhaï ou haoussas, est toujours un « Enaden » – de la caste des forgerons –, mais désormais sollicité pour les occasions et les soirées informelles.

La quatrième piste du disque est consacrée à la musique sophistiquée des femmes touarègues. Plus que les autres, ce genre est remarquablement similaire parmi elles dans tout le bassin saharien, du Tassili n’Ajjer à Gao. L'élite d’entre elles s'est notoirement attitré la vièle imzad pour les besoins de la poésie sentimentale. La virtuosité en reste d’ailleurs un attribut de séduction demandé. Leur jeu instrumental est aussi apprécié des hommes, par exemple pour l’accompagnement musical du chant.

Faute d’avoir été scindés, on distingue bien ici neuf thèmes instrumentaux d’imzad, lesquels, selon Duvelle, peuvent également être chantés. A l’instar des gheychak en Asie centrale, les doigts de la main gauche effleurent la corde sans atteindre la touche, pour produire, par effet harmonique, des notes à l’octave supérieure. En résulte une musique pentatonique aigüe virevoltante, toujours aux limites de la dissonance.

Depuis ces sessions, l’art profane de l’imzad a été considérablement pressé par le réformisme islamique rampant et par la nouvelle culture ishumar à la fois.  Dans le sillage de François Borel au Niger, l'étude des touarègues de Tamanrasset (Algérie) par Faiza Seddik-Arkam conclut à la mutation sociale récente des musiciennes d'imzad sous l'effet de la globalisation. Et la vièle s’en trouve promue au rang d’icône de la tradition touarègue. Son salut ne tient alors qu'à ses emplois les plus folklorisés.

A présent, selon Faiza Seddik-Arkam, les touarègues créent partout où ils se sédentarisent « de nouveaux mécanismes de défense inspirés d’un système magico-religieux et thérapeutique » d'origine traditionnelle, en réaction à leur perte d’identité. Au-delà de la chanson sentimentale traditionnelle, la vièle propulse ses interprètes les plus en vue vers les réunions magico-thérapeutiques, où elles concurrencent la musique de tindé. Un usage qui, dans cette existence sédentaire, semble particulièrement perdurer.

Certains ishumars prétendent parfois que le blues malien est en fait une forme moderne de l’imzad. Les enregistrements de Duvelle gravent dans nos mémoires l’essence précise de cet art. Avec ses longues plages et ses chants responsoriaux, l’album s’inscrit à sa manière dans l’esprit mystique de la collection Prophet.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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