Prophet 04 - Niger (1999)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/01-14/prophet04_niger_front.jpg Prophet 04 - Niger par 731453871526

Les terrains de Charles Duvelle en Afrique sub-saharienne ont écrit l’Histoire. Avec une économie de moyens, Niger nous replongent dans l’intimisme de ces instants perdus.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 13
Type de produit: 
Album

Prophet 04 - Niger

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Date de parution: 
1999
Réf
types de supports: 
CD
731453871526
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A l'heure du blues touarègue urbain, les chants de griots, également dits jasaré chez les Zarma (Niger), témoignent d'une oralité et d'un minimalisme d'un autre âge. Epoque où la Cour locale et l'élégie des familles sahéliennes tenaient ces derniers dans l'estime statutaire de leur fonction. Charles Duvelle avait déjà effleuré cette tradition orale, dans Rythmes et Chants du Niger (Ocora), reliefs d'un périple prolifique entre Mali, Niger, Nigéria et Burkina Faso au printemps 1961. A l’époque, un désert sur le plan discographique. Quarante ans après, Prophet réunit sur les volumes Niger et Nigeria les reliquats inédits en langue songhaï, zarma et haoussa de cette campagne.

Anecdotes ? comptines ? énumérations ? Le jasaré est plus qu’un simple flatteur, sa fonction sociale dépasse celle de simple barde. Hormis la hadra collective Hayé hayé, les généalogies (Tamboura, Al fagady) sont en fait des chroniques familiales, des panégyriques traditionnels tels qu’on les prononce lors des noces. Leurs mélodies résonnent de déjà-vu du Mali. Le style déclamatoire et la voix féminine du chant Zaley caractérisent un style griot nigérien homonyme, innovant à l’époque par son relatif romantisme.

Pour Duvelle, l’hégémonie culturelle de la voix prime jusque dans l’articulation du tambour modulé (Hayé hayé) ou dans le phrasé du chalumeau (Makada robo). Réduit à un jeu percussif, le luth kountigui et la vièle godié tiendront un rôle secondaire, souvent responsorial. Sur Zaleï, la femme-griot Zeinabou est accompagnée d’une minuscule godié, apparentée aux vièles nigérianes kukuma. On peut noter cependant l’absence du luth mollo, instrument emblématique de la famille du n’goni, rendu célèbre par le griot zarma Djibo Badjé.

On n’est néanmoins pas en reste quant au dépaysement sonore, puisqu’à lui seul, le chant bluesy Makada robo crée la sensation inattendue. Avec sa modernité décalée, entre trompe hongo (Kenya) et chalumeau swahili zumari, le chalumeau nasillard alghaïta résonne ici d'une musicalité particulièrement audiogénique. Les attaques dans les graves bourdonnent par une sorte de contre-quintoiement de saxophone. Un frisson communicatif.

Le regard pionnier de Duvelle annonçait l'extinction des griots par la globalisation, fût-elle culturelle ou religieuse. Avec elle s’éteint leur histoire sociale. Plusieurs décennies après, le sauvetage passe par les inventaires, tel que celui de Sandra Bornand chez les Zarma. Archives  contre l’amnésie. Mais qui pour stopper l’oubli ?

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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