Pashang Kamkar - My Rapture (A series of improvisations) (2015)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/10-16/kamkar_rapture_front.jpg My Rapture (A series of improvisations) par Pashang Kamkar Khorshid01

Près de trente années après son album instrumental culte, le santouriste revient avec un double CD somptueux. Un exercice d’équilibriste entre rupture et flash-back.

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Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

My Rapture (A series of improvisations)

Date de parution: 
2015
Réf
types de supports: 
2xCD
Khorshid01
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Si vous vous rendez dans le nord de l'Iran, vous serez sans doute surpris de l’affluence touristique dans les nombreux « Hotel Baran », et ce bien que cela signifie « hôtel de la pluie ». Preuve, s’il en est, que les Iraniens célèbrent la pluie comme un bienfait providentiel. L'album instrumental Baraneh – en persan parlé : il pleut – ne fait pas exception. A contre-pied des académismes persans, cette œuvre contemplative du santouriste Pashang Kamkar invente un langage moderne qui interpelle ses contemporains. Sa classieuse Fantasie en mode Mahour a d'ailleurs rendez-vous avec la postérité. L'artiste la conclut d'une allitération instrumentale de l'averse, lentes phrases d'accords plaqués, inspirées du jeu pianistique. Une technique inédite intitulée ici « Zarbi baroun baroune » – du persan : cadence il pleut il pleut –. C'est un grand succès. Nous sommes en 1988.

Pour le public, cette musicassette d'anthologie reste longtemps sans suite, si ce n'est une austère partition, ainsi que quelques rééditions en compact-disques à partir de 1993. Pashang Kamkar s'en tient désormais à ses engagements professionnels. Issu d’une famille kurde mélomane, il demeure un pilier de la troupe à succès des Kamkar, originaire de Sanandaj (Kordestan). Pendant les trois décennies qui suivent, on l'entend aussi aux cotés de Mohammad Reza Shajarian, de Sedigh Tarif ou de l'ensemble Sheyda.

Cela dit, depuis Modern Talking et Evelyne Thomas, aucun come-back ne saurait encore nous surprendre. Dont acte, près de trente ans après son exploit discographique, le label Avay-e Saz-e Khorshid offre enfin ici à l'artiste l'opportunité d'un double album CD. Un retour en fait mûri dans l'intimité du compositeur, dix ans durant, avec la patience besogneuse du paysagiste chevronné.

Son titre, Shuram Ra – en persan : mon extase –, en dit long sur cette intériorisation. Un à un, l'artiste taiseux restitue ses instants de contemplation en autant de paysages instrumentaux, teintés chacun d'un dastgah persan. Depuis Al-Farabi (872-950), chacun des modes trouve un écho quasi-galien avec une heure appropriée du jour. A son tour, le photographe Mehdi Gholami nasab s'efforce de les illustrer chacun dans le livret par un visuel bucolique saisi dans la nature sauvage du Mazandaran.

Et l'on n'est pas déçu du voyage. A commencer par la suite en Mahour, qui reprend toute la majesté là où Baraneh l'avait laissée : force de l'écho naturel, solennité, tension contenue... La Fantasie de 1988 trouve ici sa suite si longtemps attendue. Patiemment, Kamkar la détricote ici avec la quiétude qui faisait sa force d’antan. Vient ensuite le thème Homayoun, vraisemblablement inspiré par la forme Chaharmezrab. Ce mouvement espace ses trémolos continus par d'élégantes respirations à contre temps.

La nature ayant horreur du vide, la technique de jeu qui nous semblait révolutionnaire sur Baraneh nous est désormais familière. Sans surprise, Kamkar décline donc son « Zarbi baroun » en abattées d’accords plaqués, tour à tour sur Nahoft, Harouayeh ou encore le second Bayate Esfahan. Motifs poseurs, réminiscences, variations somptueuses, respirations. Kamkar ne plagie que lui-même, et la plénitude n’en est pas moindre. Malgré leur forme plus convenue, Bayate tork et Segah jouent, quant à eux, de la beauté cristalline, respectivement des attaques aiguës et de la forme métrée Reng, amplifiées à l'infini par la caisse de résonnance en noyer.

Quel futur pour la révolution Baraneh ? Sortie dans une quasi indifférence, cette suite tardive livre une partie de la recette du génie. Douze œuvres on ne peut plus personnelles, dorées sur tranche, qui reformulent son message pointilliste aux étourdis qui l’auraient manqué. La partition en est d’ores et déjà publiée. Attendrez-vous les trente prochaines années ?

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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