Northern and Central Malawi - Nyasaland 1950 '57 '58 (2000)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/02-14/northernandcentralmalawi_front.jpg Northern and Central Malawi - Nyasaland 1950 '57 '58 par 9789077068120

Les chansonniers Tongas (1950) se télescopent aux enregistrements folkloriques Chewa et Tumbuka de 1957 en un florilège de sonorités nues, parfois saturées.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 13.5
Type de produit: 
Album

Northern and Central Malawi - Nyasaland 1950 '57 '58

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Date de parution: 
2000
Réf
types de supports: 
CD
9789077068120
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« La chanson parle du chanteur, lorsqu'il tomba malade. Sa femme était alors supposée s'occuper de lui. Au lieu de ça, elle était partie boire une bière. Aussi, quand son frère vint le voir, il constata qu'elle était sortie. Celui-ci en fut dérangé et se promit de la battre lorsqu'elle rentrerait. » Les chansonniers du Malawi – anciennement Nyasaland – ont décidément un humour bien à eux... Enserrées entre Zambie et lac Malawi, ses populations d'origine bantoues sont à la confluence d’une créativité et d’une originalité au moins égales à celle de leurs voisins zambiens. Les « captures » du musicologiste Hugh Tracey témoignent d’une période révolue. Réunis ici, les chansonniers-citharistes Tonga (1950), et les divers folklores Chewa ou Tumbuka (1957), se mettent en valeur mutuellement avec une remarquable unité esthétique.

Par leur richesse musicale, d'abord : leurs chansons bruissent de sifflets, de lamellophones kalimba, de kazoo, et autres instruments inouïs des campagnes, juxtaposés ici en un chapelet de sonorités enchanteresses. Si le cithare bangwe domine l'album, les timbres du cithare et du piano à pouce kalimba varient selon leurs diverses constructions (Three Kalimba Songs, Timbenge Tingaruwa). Sons à la fois nus et clairs. Les seules Two Bow Songs ne font qu'effleurer le génie local des arcs frappés kubu et autres arcs-en-bouche grattés du Malawi. Il faudra attendre 1987 pour que les travaux respectifs de Gerhard Kubik et de Moya Malamusi ne rendent pleinement justice à cet art inédit, musique extraterrestre à la croisée de la guimbarde, du grattoir et de la flûte.

L’humour, à nouveau, lorsque les villageois se réapproprient, avec les moyens du bord, les fanfares de cuivres, par fascination pour les parades de troupes coloniales. Ainsi les trompes en calebasse du « village du Chef Mwasi », déjantées, s’assimilent à d’autres fanfares pseudo-militaires déjà observées en Afrique de l’Est – de genres Beni, Garassisse, Mganda –. Ainsi singées, fanfares et troupes sont l’objet de chorégraphies burlesques, reconnaissables, par exemple, à d’inhabituelles danses en réunion, en rang ou au pas. Tracey a relevé ici l’imitation des fanfares du régiment King’s African Rifles, celle de la Police du Nyasaland (Idzani Muone Kuwala) ou simplement de la variété britannique (M’sodomo), sans doute entendue à la radio.

Incidemment, la postérité locale a suivi l'intuition première de Tracey en 1950. Ici, ce fut une rencontre opportune avec le chansonnier Chewa Beti Kamanga, star oubliée de la satire périurbaine. Sa musique s’était déjà affranchie des utilisations rituelles (Awelemuwo ee Dandaula) ou de la scansion tribale (Kantengo) : plutôt d’authentiques « Topical Songs » prosaïques, de véritables divertissements modernes qui racontaient l'émigration économique vers les mines de Rhodésie, ses méfaits (Ndalama Ndi Satana, Suzgu Muyaya) et ses drames (Dale Wangu Ukamunyenga Masotho).

Kamanga fut popularisé aussi par son jeu hypnotique de cithare-radeau bangwe, un petit frère de l'ennanga des Grands Lacs. L’instrument, éteint depuis, a cédé la place à la guitare artisanale d’Afrique Centrale. En 1950, le bangwe était encore joué avec les pouces à la façon d'une kalimba ou même parfois, d'une lyre, en étouffant les cordes frottées (Tumbuka Ku Kaya). Les complaintes minimalistes Walowela Mawa et Suzgu Muyaya sont étonnamment mimétiques du cithariste comorien Attoumane Soubira (dit Soubi).  

Au gré des rencontres, le musicologue a aussi capturé de courts chants a capella, qui n'échappent pas aux clichés répandus sur les chœurs d'Afrique australe. Ici ils sont effectivement servis par une véritable recherche mélodique. Chants soignés à deux voix et chœurs traditionnels de femmes habitent littéralement l'album, qui en est pourtant avare.  Ici, ce sont cinq femmes Chewa anonymes (Misozi, O Jere) ; là, le chant enjôleur Mangondo Azipita du rituel initiatique jando. Tracey a su en rendre la pureté malgré ses moyens audiophoniques d'un autre âge.

Agglomérant sources et périodes pourtant distinctes, la compilation d’Hugh Tracey garde une cohérence enviable. De surcroît, l’omniprésence de Beti Kamanga fait mentir sa réputation habituelle de musicologue « tribaliste ». Sa musicalité annonçait les moissons prometteuses des collecteurs contemporains, à la fois en Zambie et au Malawi.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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