Nishtiman Project - Kobane (2016)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/04-17/nishtimanproject_kobane_front.jpg Kobane par Nishtiman Project 3149028094725

Kobane : un nom qui sonne comme un KO debout. Le temps d’un album, Nishtiman Project introduit dans son folklore kurde une gravité inédite. Et le feu couve sous la cendre…

label: 
"Médias > Musique"
EUR 0
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

Kobane

label: 
Date de parution: 
2016
Réf
types de supports: 
Digipack
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Autour du percussionniste Hussein Zahawy, la formation Nishtiman Project ambitionne de fédérer artistiquement les Kurdes d’Iran, d’Irak, de Turquie et de Syrie. Passions nomades, assemblées hérésiaques et brigands héroïques, n’en déplaise aux artistes Temo ou Şivan Perwer, le Kurdistan de Nishtiman aspire plus à l’unité de l’âme kurde qu’à sa réunification géopolitique.

L’album Kurdistan (Accords Croisés, 2013) inaugurait déjà un dialecte musical par-delà le puzzle linguistique et culturel. Le vocabulaire en est, selon l’auteur du livret Bertrand Dicale, « l’allégresse de la rythmique, la virtuosité‚ [les] solos instrumentaux [et] la ferveur du chant », alternance de lamentations et de gigues dans une débauche d’instruments folkloriques. Plus qu’une récidive, Kobane s’ouvre encore une fois à l’ébullition créative du luthiste-compositeur Sohrab Pournazeri (Iran).

Actualité oblige, la troupe, dorénavant majoritairement irano-kurde, fait d’abord sienne le martyre de la ville syrienne Kobané avec le titre homonyme Kobane, victoire de la pugnacité kurde, rehaussée par un sentiment de relatif abandon. Après de longues minutes chantant la désolation, la voix émouvante de Donya Kamali s’envole en un hymne radieux à la paix, non sans références sentimentales : « Kobané, ma sœur / Tu es ma Shirin / Je suis ton Farhad. » Les notes lentes du santour bam – une variante basse, immense, du cithare persan – instaurent par instant une gravité de circonstance.

Passionnés ou enlevés, les genres kurdes plus traditionnels constellent l’album de leur humeur fière. Ghanj Khalil est par exemple un thème mélancolique fameux des bardes dengbêj. La geste homonyme, transposée ici au doudouk, raconte comment, à l’époque ottomane, la belle Edullé suivit Ghanj Khalil, son aimé, de Diyarbakir jusque dans la mort. Sur un bourdonnement accéléré de luth tanbur, Khor Halat restitue ensuite la tension intrinsèque du hore, le yodle pastoral des nomades de Kermanshah et de l’Ilam. Quinze minutes durant, ce morceau-fleuve vrombit des brossages continus de la main droite, ponctués de respirations obsédantes.

Aux tréfonds de ce chaudron, les échappées bucoliques sont autant de soupapes bienvenues. Avec la danse collective Aman aman, Nishtiman assure pour ses prochains concerts la fièvre scénique qui a fait jusqu’à présent sa notoriété. La zurna agile d’Ertan Tekin entraînera dorénavant le public sur des tchopi, thèmes à danser bien rodés du Kurdistan d’Iran. Répondant aux éclats dissonants du santour, le taraneh kurde n’est jamais loin, lui non plus. Les refrains joyeux de Howler tendent la main au genre anatolien türkü.

Au final, l’album s’inscrit dans l’ascension actuelle de Sohrab Pournazeri (Ensemble Shams) en Iran. Côté pile, cet instrumentiste est devenu un compositeur-arrangeur des plus demandés sur la scène néo-sonnati, à commencer par le chanteur Homayoun Shajarian. Côté face, ses albums « folkloriques » pour Nishtiman ne renient ni Kermanshah, sa province à l’ouest de l’Iran, ni le luth des mystiques Ahl-e Haqq.

Dramatique ou engagée ? Qu’importe ! La musique du Nishtiman Project gagne ici en « iranité » ce que son effectif emprunte dorénavant au pays, du santour de Mayar Toreihi à la voix sensationnelle de Donya Kamali. Au passage, cette dernière porte ici au plus haut les couleurs d’une famille d’artistes et de luthiers de Kerend-e Gharb (région de Kermanshah). « Afarin ! »

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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