Nassima - Voie soufie, voix d’amour (2005)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/03-15/nassima_voie_soufieamour_front.jpg Voie soufie, voix d’amour par Nassima 794881795529

Un hommage aux grands textes shadhilites, composé à grands renforts de thèmes du classique algérois. Ce projet introspectif marque aussi les débuts de Nassima dans l’art de la composition.

"Médias > Musique"
EUR 12
Type de produit: 
Album

Voie soufie, voix d’amour

Date de parution: 
2005
Réf
types de supports: 
Digipack
794881795529
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« Combien avez-vous, pendant le Dhikr / De lumières qui vous inondent ! / Lorsque le mélodieux chante / Le Nom de votre Maître / Répondez à ce Dhikr ! / Que je vous voie enivrés et plongés / Celui qui appelle / Vous appelle / (...) / Rendez grâce sans cesse / Et que Dieu vous protège / Vous qui détenez le Secret / Mon cœur vous aime ! »  (diwan d'Al-Alawi)

Figure charismatique du revivalisme soufi maghrébin au 19ème siècle, le cheikh Ahmad al-Alawi (1874-1934) de Mostaganem  était un Aïssawa qui a délaissé le folklore de cet ordre pour suivre le cheikh Muhammad Ibn al-Habîb al-Buzîdî, un mystique darqawite. Après cette affiliation, son dogme, parmi d'autres éléments originaux, revisite la répétition du nom  divin – ou dhikr – dans le cadre de la retraite spirituelle. A son époque, les poèmes Munajat du diwan d'al-Alawi accompagnent un revivalisme shadhilite important en Algérie ; les adeptes de son ordre, l’alawiyya, les chantent d'ailleurs à présent en réunion.

Contemporaine d'Abd el-Kader (1808-1883), l'âme mystique d'al-Alawi attise aussi une conscience identitaire. Si, depuis l'indépendance du pays, cette conscience se réclame d’une laïcité assumée, elle emprunte encore chez certains la voie inattendue des grands textes shadhilites maghrébins, à commencer par Abou Madyane (1126-1198), Ibn Arabî (1165-1240), jusqu'au cheikh Khaled Bentounès, le propre successeur d'Ahmad al-Alawi.

En 2002, la cantatrice algérienne Nassima Chabane se saisit de ces poèmes pour un ambitieux projet scénique. Ce faisant, elle rend hommage aux grands esprits de son pays, Ibn Messaib y compris. Peu avaient été mis en musique, cependant que, telle Monsieur Jourdain, Nassima en avaient déjà rencontrés certains bien malgré elle dans la musique arabo-andalouse : « A Blida, ma ville natale, je chantais déjà des textes de cheikh Ahmad al-Alawi, (...) mais je ne savais pas que c'étaient des textes soufis. » Logiquement, le mètre des poèmes soufis a nécessité la réécriture de certains thèmes arabo-andalous, Nassima s'improvisant compositrice arrangeur pendant les quelques trois ans de la gestation du projet.

L'adaptation arabo-andalouse est flagrante par exemple lorsque Nassima transpose Je suis l'Amour et Au Cœur de la Nuit sur des thèmes de nouba algéroise. Dans le cas du Je suis l'Amour d'Abd el-Kader, elle justifie son choix du superbe istikhbar algérois par une sorte de patriotisme à l'égard de l'émir-poète, une grande figure à la fois mystique et patriote de l'Algérie.

Sans surprise, l'exaltation du cheikh Ahmad al-Alawi est rendue par certains arrangements de ses Munajat. Les chœurs confrériques de dhikr de la Vision de l'Aimé et de la Présence divine martèlent la répétition commémorative du Nom divin « singulier » – en arabe : ism al-mufrad –. Procédé bien connu de centration, à la fois psychologique et hyperventilatoire des soufis, cette technique a été mise au centre de la retraite initiatique – en arabe : khalwat ; en persan : chilla nashini – chez ses disciples Alawis. Ce détournement profane du dhikr en arrangement choral rappelle par exemple les initiatives similaires des artistes Ihsan Rmiki (Tanger) et Nawal (Grande Comore), à l'endroit du dhikr shadhilite.

Plus loin, les vers d’Ô mon seigneur ! et de Paix...Salâm, moins adaptés à la transposition, sont scandés sans musique, ponctuant le tout des mêmes intermèdes respiratoires qu’un rituel collectif.

Autrefois reconnue dans l’aroubi, la voix de Nassima a cherché un peu sa place après l'exil. Certes, l’artiste avait montré déjà son talent original pour la çanaâ, cependant sa voix était parfois jugée surdimensionnée depuis son apprentissage classique. Nassima a notamment enregistré les noubas Dhil et Sika, avant de bifurquer vers la création. Son projet Voie soufie, voix d'amour n'est pas seulement un virage stylistique. D'interprète, elle passe à la plume et conçoit arrangements et composition avec un brin d'éclectisme. Cette propension à bâtir son discours plutôt qu'à imiter – un débat de longue date dans la çanaâ – s’est affermie depuis avec son projet Des Racines et des Chants (2008). Souhaitons son épanouissement dans cette vocation.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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