On parle de lui comme du plus grand luthiste du monde arabe actuellement. L’Irakien qui a parfaitement innové dans la tradition. Un héritier de ses prestigieux compatriotes, les frères Bashir, Jamil (1921-1977) et Munir (1930-1997) qui a réussi à sortir définitivement le oud de l’orchestre arabe pour en faire un instrument soliste à part entière, une musique de récital. Naseer Shamma prête une générosité quasi humaine à son luth. Ses doigts font naître des mélodies évoquant les quatre éléments avec, tour à tour, leur déchaînement qui enflamme et qui inquiète, leur apaisement qui rassérène, le calme et la beauté qui consolent et réjouissent… Chacun des morceaux, plus qu’une invitation au voyage, de Bagdad à Grenade, est un appel à l’imaginaire et à une échappée poétique.
Fortement imprégné de l’héritage millénaire d’al-Farâbî (872-950), l’illustre philosophe qui a élaboré une théorie de l’harmonie musicale, Shamma joue parfois de son luth comme d’une guitare. Virtuose et puissant, son jeu reste chaleureux, fougueux et romanesque. Jimi Hendrix du maqâm, Shamma conclut cette dizaine d'inspiration par Al-'Amiriyya (l'abri d'al-'Amiriyya), un luth qui pleure, questionne, enrage et mime le sifflement des bombes américaines de la première guerre du Golfe tombant sur un abri où s'étaient réfugiés des enfants irakiens, tous morts sous les décombres. Au premier anniversaire de cette tragédie, Naseer a interprété dans les ruines de l'abri ces quinze minutes bouleversantes où la barbarie assassine l'innocence.
















