Muhammad Murshed-Naji et Khalil Muhammad Khalil - La Chanson d’Aden (2002)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/03-12/lachansondaden_front.jpg La Chanson d’Aden par Muhammad Murshed-Naji et Khalil Muhammad Khalil 794881707522

La musique du Yémen est à l’image de ce pays, d’une beauté inouïe, minérale et brute, une poésie aux origines médiévales exceptionnelle que chantent deux ténors du Sud.

"Médias > Musique"
EUR 12
Type de produit: 
Album

La Chanson d’Aden

Date de parution: 
2002
Réf
types de supports: 
Digipack
794881707522
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La musique du Yémen est à l’image de ce pays, d’une beauté inouïe, minérale et brute. Une poésie médiévale exceptionnelle y a notamment façonné l’art ultime de la suite qawma, chant savant de la capitale Sanaa, au Nord. Un joyau dans son écrin d’albâtre. Au Sud, à Ibb, Harraz ou Taïz, le vers reste au cœur du chant lyrique, mais la suite s’y résume souvent à un ou deux mouvements aux rythmes rapides (par exemple, wasta). C’est récemment que le oud y fut introduit. Son jeu sonore, crépitant, relègue hélas les mètres lents traditionnels aux genres désuets comme les dan et mutawwal. L’émergence de la musique savante endémique d’Aden ne remonte, au mieux, qu’aux premiers clubs culturels, les nadwa adaniyyah de l’après-guerre. Elle emprunte à la fois à cet héritage et à celui du Yafi.

Parmi les pionniers adénites, Khalil Muhammad Khalil préférait déjà l’accompagnement nerveux, haletant du oud des plateaux au tarab orchestral égyptien, pourtant très en vogue à Aden, Hodeïda, sur la Mer Rouge, et Lahej. Ni envolées, ni apartés instrumentales ici. La voix rocailleuse de Khalil a l’aridité désolée de la côte volcanique du Hadramaout. Celle nouée, virile du oud rebondit sans cesse sur la scansion du poète. Elle suspend l’amateur impatient à chacun des vers anciens comme sur ‘Ayyaratnî al-shayb (la blancheur de mes cheveux). Face à l’éventuelle sensation de répétition, le béotien se figurera comment cette musique est en fait le prétexte d’un moment de délassement lyrique, feutré, entre amis.

Après Khalil, le lettré Muhammad Murshed-Naji reste le principal chef de file de ce genre soliloque. Il se plie de façon plus enjouée à cette technique exigeante du oud. Les couplets chantants de son succès Yâ sâ’ili ‘an hawâ al-mahbûb (toi qui interroges sur la passion de l’aimé), qui ouvrent le CD, sont caricaturaux de la nouvelle école adénite. Erudit et prolifique, Murshed-Naji chante ici un répertoire poétique varié, y compris traditionnel, au nationalisme assumé. Que ce soit pour le luth soliste ou pour l’orchestre, il adapte aussi les poètes récents tels Muhammad Abdu Ghanem ou Muhammad Said Jarada dont il reprend une poésie sur Yâ wakfaton li (ô cette scène que j’ai vécue). L’adaptation moderne de la chanson ‘Alam sîrî bismi Llah al-Rahmân (marche ô mariée au nom de Dieu le Clément) est, par exemple, un thème populaire, promis par là-même à une postérité régionale certaine. Sur Garîb bâb al-dunyâ (elle est proche la porte du bas-monde), il ressuscite de façon magistrale une ode du XVIIIe siècle d’Ash Shihr, accès portuaire du Hadramaout, pour l’étourdi qui aurait raté la toute proche et mythique Mukallâ.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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