Mélodies judéo-arabes d’autrefois (2010)

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Impossible de résumer cette compilation de chanteuses et chanteurs arabes juifs qui ont poursuivi, actualisé un art multiséculaire où la tragédie n’est jamais loin.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 11
Type de produit: 
Album

Mélodies judéo-arabes d’autrefois

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Date de parution: 
2010
Réf
types de supports: 
CD
3700409803031
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Ils sont tous morts, ces héroïnes et héros israélites de la musique arabe. Malgré son titre un peu aguicheur influencé par le conflit palestino-israélien, ce recueil d’une quinzaine de titres, réédité en 2010, révèle au grand public d’anciennes mélodies profanes du Maghreb et du Machreq chantées par des Arabes juifs tout simplement.

Une musique inspirée du maqâm qu’ont interprétée pendant des siècles et reprennent encore des musiciens indistinctement juifs, chrétiens et musulmans. Mais trêve de controverse, goûtons le plaisir incommensurable de ces chansons qui courent sur les quarante premières années du XXe  siècle, depuis le chant en 1910 de l’Algérois Edmond Nathan Yafil (1872-1928), Zindâni shtih, maître, au vrai sens du mot, de tant de ténors juifs et musulmans maghrébins de la millénaire musique arabe héritée d’Andalousie. Une musique proche du Taqsîm (improvisation) sur oud en 1922 de l’Egyptien David Haïm Lévy, alias Dâwud Husni (1870-1937) dont les compositions lancèrent de nombreux artistes dont une certaine Oum Kalsoum (vers 1904-1975).

Cette compilation dominée par les femmes et réalisée minutieusement à Paris par le regretté musicologue libanais Bernard Moussali, signataire du remarquable livret accompagnant le disque, raconte aussi des tragédies comme celle de la Tunisoise Marguerite “Hbîba” Msîka (vers 1893-1930). Elle déclame en 1928, sur des mesures langoureuses de qanoun et de oud, de sa voix claire et ample mêlant dialecte tunisien et égyptien, et arrachant le tarab, l’extase des admirateurs, Alä srîr e-n-nôm dalla ni (sur le lit fais-moi des câlins). Ironie du sort, Hbîba (Aimée) fut brûlée vive dans son lit par son amant Eliahû Mimûnî, ruiné et excédé par ses infidélités.

Sâlih Ezra al-Kuyawtî (1908-1990) dut, lui, quitter en 1951 sa province natale koweitienne pour Israël, déchu de ses biens et nationalité irakienne selon les lois anti-juifs de la monarchie hachémite soutenue par les Britanniques. Le timbre androgyne, il chante en 1930 Yu âhidunî lâ khânani (il me donne des rendez-vous et me promet de ne pas les trahir), un chant lancinant, marqué par la percussion et le rubab, qui remonte au Xe  siècle dans la tradition du sawt, genre vocal prisé sous la dynastie omeyyade érigée en 661 en Syrie actuelle.

Le pays de l’Alépine Fayrûz al-Halabiyya (1895-1955), alias Rachel Smûha, qui psalmodie les morceaux certainement les plus émouvants de cette sélection. Accompagnée par un violon et un oud déchirants, elle chante Tawwil bâlak (prends ton mal en patience) en 1936 et deux ans plus tard, Bi-sabîlak (poursuit ton chemin), continuant la tradition de grandes chanteuses syriennes honnies par le Grand Rabbinat de Damas.

Les improvisations mélangeant arabe tunisien et français (avec l’accent arabe), la beauté légendaire Louisa al-Tûnissiyya (1905-1966) fut aussi détestée par les intégristes juifs, chrétiens et musulmans pour ses chants jugés immoraux alors qu’elle évoquait l’étreinte réelle dans la vie de tous les jours.

Dans son Ta âlä îndi (viens chez moi) de 1935, elle convie, dans une composition de piano, oud, derbouka, un jeune homme dans son intimité. La Marocaine Zohra al-Fâsiyya (1900-1970) ne fut pas non plus appréciée par les puristes pour ses malhûns et chaâbis plébéiens qui ont fait danser les peuples du Maroc et d’Algérie.

Par Bouziane Daoudi | akhaba.com

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