Maurice El Medioni - Oran~Oran Live in Paris (2014)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/06-14/mauriceelmedioni_oran-oran_front.jpg Oran~Oran Live in Paris par Maurice El Medioni 3341348602431

Fantaisie d’un pianiste de cabaret épris de rumba, le style « pianoriental » de Maurice El Medioni passe, lors de ce concert d’anthologie au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme début 2013, l’épreuve de la postérité.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 14.01
Type de produit: 
Album

Oran~Oran Live in Paris

label: 
Date de parution: 
2014
Réf
types de supports: 
2xCD
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Attention ! Ce cocktail atypique « pianoriental » est à base d'extraits bruts de nostalgie. Les amateurs avertis s'aviseront de sa date limite de péremption.

Oran, 1937. Pianiste à ses heures, le chef d’orchestre Messaoud Medioni – dit Cheikh Saoud El Wahrani – quitte son café de la Rue de la Révolution pour la France. Ainsi disparaissait le berceau d’interprètes judéo-arabes majeurs tels que Reinette l’Oranaise. Natif d’Oran, Maurice El Medioni est le neveu inspiré de Cheikh Saoud. Cette année-là, il a neuf ans. Il n’est pas le dernier à regretter le café, où il s'initiait déjà en autodidacte au piano, version cabaret.

Sur les photos des années de guerre, cette période gavroche à Oran fleure l’adolescence à la Joffo, version sépharade. Le pianiste en herbe a connu, entre autres opportunités, une véritable révélation musicale à l'arrivée des troupes U.S. dans la ville, en 1942. Parmi ses semblables, il s'acoquine avec Blaoui Houari, et monte avec lui un tour de chant façon juke-box, au café Salva. A l'heure de gloire de Glenn Miller, succès français et américains d'après-guerre swinguent au son de ce curieux duo piano-accordéon. Les G.I. portoricains stationnés là achèveront de contaminer son jeu de rythmes rumba, tango, boogie-woogie et mambo.

Depuis quelques décennies déjà, les faubourgs d’Oran bruissent des airs satyriques des chansonniers bédouins. Le raï est né il y a peu, pratiquement dehors. Un peu à la façon des cheikhat du genre, Maurice est un touche-à-tout qui chipe à tout vent gimmicks et thèmes pour les réarranger, en l'occurrence à sa sauce swing.

En 1950, El Medioni accompagne Lili Labassi, le patriarche de la chanson judéo-algérienne. Il a vingt-deux ans. La même année, il se souvient : « Maurice, ta place n’est pas au café, mais parmi nous, en tant que soliste de l’orchestre oriental de l’Opéra d’Oran », lui dit Houari. Le musicien nouera dans cet orchestre une véritable connivence avec les mélodies arabo-andalouses. Il transposera plus tard au piano, la plénitude de la Touchia remel amya ou le mouvement final Meklassat version swing, tous instruments confondus.

Comme nombre de ses compatriotes contraints, Maurice opte finalement pour la France en 1962. A Marseille, puis à Paris, il n'aura de cesse de renouer avec d'autres exilés d'infortune célèbres : citons Lili Boniche, Blond-Blond ou Gaston Ghrenassia – aka Enrico Macias –. A partir de 1964, il délaisse la scène au profit de son métier premier de tailleur, et, peu après, s'installe à Marseille à dessin.

A la fin des années 1980, le succès planétaire des Cheb réhabilite les chansons traditionnelles suburbaines d'Oran, les cheikhat oranaises, et bien d’autres ; dans son élan, Lili Boniche et Reinette l'Oranaise. A la faveur de sa retraite de tailleur, le pianiste taquine à nouveau la muse. Il a soixante-neuf ans et ouvre son premier album Café Oran (1996) par le thème bilingue Bienvenue/Abiadi, enjôleur, à la façon d’une ouverture de cabaret. Les disques suivants partageront tous la même jovialité et une inconstance d’un autre âge. A la recherche d’un temps manifestement perdu.

Son jeu a toutes les caractéristiques de l'autodidacte ; atypique, il adapte d'oreille tous les motifs qui l’accrochent. Il les fredonne, les culbute, les concasse. A deux mains, il aplatit les orchestrations les plus foisonnantes en une phrase monocorde, mais roucoulante. Entre succès de cabaret et clin d'œil latino, sa musique respire d’un style libre, aux fragrances datées de boogie-woogie. Dans les années 2000, une foule d'instrumentistes reconnaissants fleurissent son tour de chant d'orchestrations cubaines, cabaret ou klezmer sur ses quatre albums rétrospectifs. Son touché pianoriental illumine par exemple Mani hani et H’mama, deux titres de l’album Ya-Rayi de Cheb Khaled (2004).

Enregistré au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme le 27 janvier 2013, ce concert Oran-Oran saisit sa perpétuelle insouciance sur une scène parisienne. Concert panégyrique tardif, placé sous le signe tutélaire de la grande Line Monty, avec pas moins de quatre de ses plus grands succès : Khdaatini, Ana n'habek, Chante ma guitare, mais également Ahla ouasahla reprise ici, sans les trompettes mariachi figurant sur l'album Café Oran. Tanguant désinvoltement du français à l’arabe, El Medioni se souvient sans doute de l’époque où son piano accompagnait cette voix classieuse.

La sélection à présent soliloque, égrène le genre « pianoriental » qu'il a inventé. D'une main, quelques compositions, adaptations véloces de thèmes anciens, notamment andalous ; de l'autre, des medleys-hommage à quelques artistes juifs algériens avec lesquels il a collaboré dans les années 1960 : Lili Boniche, Salim Halali (Dor Beha), Reinette L'Oranaise (Pot pourri de Reinette L'Oranaise). Sous ces averses pianistiques irréprochables, les grandes voix sont doublement regrettées.

Très nostalgique, la chanson-titre Oran~Oran n'est que l’écho lointain de la chanson homonyme d'Ahmed Wahby, un classique pré-raï littéralement transformé par Cheb Khaled dans les années 1990. En faisant swinguer l’ouverture algéroise Touchia remel amya, El Medioni en a révélé le potentiel méconnu de la mélodie. Sur la plupart des titres, c’est l’humeur solitaire qui reprend ici ses droits. Retour aux sources. Dans la veine de l'album Pianoriental (Buda Musique, 2000), l’enregistrement solo souligne le talent intact du pianiste, quand la derbouka, esseulée, gomme le Barnum rythmique de ces albums collaboratifs.

Nostalgie appuyée. Gorge nouée. Airs surannés, pour la plupart. Tout inspire à l’auditeur des regrets soudains ; sinon, faute de référence, d’irrépressibles flashbacks de La Chance aux chansons. Du début à la fin, le piano étincelle, sans ternir, d’exploits passés, notamment avec Line Monty. A leur écoute, on comprend la satisfaction de Maurice El Medioni de conserver ses morceaux à ce point à sa main, après tant d’années.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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