Madjid Khaladj - Nafas (2006)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/03-12/khaladj_nafas_front.jpg Nafas par Madjid Khaladj 3760002136769

Le virtuose du tambour tombak expérimente ici dans un élan mystique les rythmes et les percussions traditionnels régionaux d’Iran, entre vertige et apaisement.

"Médias > Musique"
EUR 13.5
Type de produit: 
Album

Nafas

Date de parution: 
2006
Réf
types de supports: 
CD
3760002136769
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Qu’ils sont loin les zarbs sages du maître classique Hosein Tehrani (1912-1974) ! Aux confins des musiques traditionnelles d’Iran, Madjid Khaladj (né en 1962) explore les frontières de notre imagination avec des albums inclassables. L’expérience relève davantage de la vision cosmique ou du grondement tellurique que des intermèdes persans convenus. Pris dans le courant envoûtants des rythmes, béotiens et iranophiles se retrouvent enfin à égalité dans tant d’égarement sensoriel.

Avec Nafas, Khaladj défie à la fois la palette des percussions traditionnelles et celle des mètres possibles. L’album haletant énonce en une respiration ininterrompue de courtes scénettes sonores, climatiques, à la façon d’un ciel changeant. C’est dans un souffle encore qu’il susurre parcimonieusement un vers du mystique Sa’di Shirazi (XIIIe siècle). Son inséparable tombak (Nafas et Ham nafas) s’éclipse ici alternativement devant d’autres tambourins régionaux, sans que l’unité ne cède au folklorisme.

Le titre Ekhtiyaar-e del, lui, évoque le zekr tourbillonnant des derviches qadiris kurdes auxquels Khaladj emprunte le grand tambourin daff. Avec ses tintements modulés de cymbales suraiguës, Mofar’reh zaat est une éclaircie lumineuse, aérienne, où l’artiste fait varier le ton de la crotale avec ses doigts, à la façon d’une peau distendue de tombak. Cette expérimentation lilliputienne introduit l’immense tambour-calice zarb en terre cuite, comme dans la piste Har nafasi, laquelle pétrit, réinvente, dilate ici le mètre tournoyant des gymnastes traditionnels de Zurkhaneh.

De nouvelles averses coulant du daff se succèdent (Nabz-e nafas, Jahaan-e faani), toujours plus drues, dans la veine par exemple, des virtuoses actuels Behnam Samani (né en 1967) et Ata’oullah Salamiyeh (natif de 1971). Lumineux, Nabz-e nafas se noie progressivement dans le crépitement sonore des mini-crotales zang-e saringoshti en une polyrythmie réminiscente des processions imamites de Bushehr. Les orages de daff alternent avec des trots de zarb ou de tambourin dayreh. La frénésie du daff culmine dans les roulements affolés de Jahaan-e faani où la transe créatrice tourne à la maestria démonstrative.

Le final Nafasi dighar est une prouesse aboutie d’effets acoustiques inattendus (gong, bruissements). Le temps semble alors suspendu entre confusion mentale et assouvissement total. Enfin, l’auditeur essoufflé croit reprendre souffle dans ce chaos sonore ralenti, énigmatique… mais, c’est pour retrouver bientôt le sautillement inépuisable, à présent familier, du tombak.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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