Le Marseillais Manu Théron et ses potes, tous chanteurs, percussionnistes et claqueurs de mains, Rodin Kaufmann, Sébastien Spessa, Benjamin Novarino-Giana, Denis Sampieri, interprètent une dizaine de chansons tirées des cent-cinquante dernières années du chant occitan. Mais qui ont souvent un parfum d’actualité savoureuse, ironique comme l’histoire, à l’exemple de ces « racailles », d’avant la politisation actuelle du mot, du titre Canalha (canaille). « Dedans la ville de Marseille/On a beaucoup de jeunes gens/Qui n’ont ni toit ni famille/Ils travaillent et font longues dents/Certains disent que c’est de la racaille (…)/Si être pauvre fait de vous une canaille/Alors messieurs il en manque pas », chante le quintette dont la polyphonie païenne, échevelée, mue parfois tel un chœur d’église, sur fond de pandeiro à cymbalettes brésilien, donnant une belle contemporanéité au texte du maçon troubadour Josèp Saraire (1819-1880).
Pour rester dans le thème de la « magouille », Manu Théron, lui, conclut « Nous on est les magiciens de la combine/On a choisi le beau métier de politicien », dans Masurca mafiosa marselhesa, une marche essentiellement vocale, plus unitaire et unilatérale pour dénoncer les liens troubles de certains politiques avec les mafieux. Elle tranche sur l’ébouriffante chanson, émaillée d’élans rap, Sant Trofima où saint Trophime s'est fait décapiter, enfin sa statue, lors de la Commune de Marseille déclenchée le 23 mars 1871 en réplique à celle de Paris, et où, dans la bataille, des sculptures de la préfecture furent détruites permettant au chansonnier provençal de l’époque, Miquèu Capoduro, d’improviser des traits d’humour, à la limite de l’autodérision. D’ailleurs, l’album s’achève par un autre texte du populaire Capoduro qui use de la métaphore d’un genre de poisson pour bouffer du curé, Aimi pas lei capelans (j’aime pas les curés), une ronde joyeuse du chœur du quartier marseillais de la Plaine qui est soutenu ici par Ange B, la moitié du duo toulousain Fabulos Troubadors, dans le rôle de la human beatbox alors que sonne le glas d’une cloche d’église.
Parfois, l’inspiration du Còr de la Plana se nourrit de rythmes du sud du Sud, comme en témoigne la cadence infernale de La Tautena et la patineta (l’encornet et la trottinette), une histoire de prolifération de véreux dans le Var, musicalement calquée sur la deqqa de Marrakech, un art de percussions et de palmas poussant à la transe. On retrouve l’autre rive de la Méditerranée avec l’émouvant prélude vocal de Théron en muezzin de Nòste pais, ou le blues du migrant sur un tempo de qraqeb, castagnettes gnawi, arrivant en terre dite d’accueil mais semée d’écueils. Le titre occitan du disque reste fondamentalement un optimisme salutaire quand il signifie : va, bouge.
Par Bouziane Daoudi | akhaba.com
















