Les Psaumes des Juifs de Constantine (2013)

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Quand la liturgie juive s’enflamme sur les thèmes majestueux de l’arabo-andalou. Ce document célèbre l’osmose opportune entre deux mondes qui cohabitaient dans Constantine (Algérie) jusqu’en 1961.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 13
Type de produit: 
Album

Les Psaumes des Juifs de Constantine

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Date de parution: 
2013
Réf
types de supports: 
CD
3341348602264
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De ses falaises vertigineuses sur le Rhummel, l’étroite médina de Constantine (Algérie) vibre jusqu'à nos jours au son du malouf. L'arabo-andalou constantinois, bonifié au fond des échoppes et des funduq, y supplante définitivement ses pairs d'Alger et de Tlemcen par sa solennité et son émotion. Depuis cinq siècles, les noubas arabo-andalouses président aux soirées de mariages locaux, quelque soit leur confession. Leur popularité dépasse largement l'usage occasionnel, ainsi, de la médina à la côte d'Annaba, Hadj Mohamed Tahar Fergani, Mohamed El Kourd et le Cheikh Raymond Leyris demeurent les icones intemporelles de cette scène de l'Est de l'Algérie.

Bestandji, Ghenassia, Leyris, Reggani, Tamar... A Constantine plus qu'ailleurs, l'arabo-andalou est une histoire de familles. Il se joue des étiquettes, des répertoires et des confessions. Plus de cinquante ans après le départ contraint des juifs de la ville, les emprunts mutuels entre haouzi, malouf et mahjouz, se comptent encore par dizaines. La collection Patrimoines Musicaux des Juifs de France témoigne ici d'une empreinte durable de l'andalou sur l'oraison rituelle des psaumes des juifs en réunion. Pierre-Luc Bensoussan se souvient : « La musique qui accompagnait les piyyoutim (poèmes) appartenait le plus souvent au répertoire classique (malouf) ou profane (haouzi, aroubi), mais il n'était pas rare d'entendre des mélodies venant de la tradition classique et populaire ottomane ou du Moyen Orient. »

Or, si on dit souvent que « Chanter, c'est prier deux fois », la réciproque est fréquemment démentie par les orants, la lecture rituelle des psaumes  procédant moins du bel canto que de la nécessité liturgique, voire de l'ânonnement (ouverture du Shabbat sur le psaume 144). Pour les besoins de ce répertoire, la collection a opté pour une session studio sans fioritures par le grand rabbin René Guedj, accompagné de trois connaisseurs émérites laïcs de ce répertoire. Aucun arrangement contre nature n’a été jugé nécessaire.

Les psaumes hébreux du Sefer Tehillim – ou Livre des Louanges – sont attribués de longue date au roi David, mais on estime qu’ils sont plus vraisemblablement l'œuvre de croyants anonymes déportés à Babylone au 6ème siècle av. J-C. Sur le fond, l'expression laudative de leur piété en fait, jusqu'à nos jours, plus que l'épine dorsale de la liturgie juive, un patrimoine lyrique original, qui touche à l'universalité du monothéisme.

Même dans le feu du rite, les juifs constantinois préfèrent à la simple scansion, l'embellissement sur des thèmes variés : le psaume 117 emprunte par exemple son thème à un fameux khlass de la nouba en mode H’sin. Les inflexions de la voix ponctuent les phrases à dessin pour les fidèles, cependant que « l'expression modale prime sur la ponctuation codifiée », précise encore Bensoussan… pourvu que ce soit « sans affecter le sens du verset ». Plus loin, les psaumes 124 et 133 s'incarnent à leur tour sur de superbes thèmes de muwwal profane constantinois, respectivement en mode muhayir et mezmoum.

L'album présente le psautier dans toute la diversité formelle de ses emplois. La suite de deuil (Lekhou neranena) est interprétée ici par quatre voix, tour à tour, comme il se fait dans de telles occasions. Le réalisme en est poussé ici jusqu'à l'intention du ton, où, d'ordinaire « lors du rituel de la cérémonie funéraire, le chant des psaumes, pratiqué par trois ou quatre fidèles, s'apparente à une véritable "joute modale" permettant de soutenir la famille endeuillée. »

Par ce projet original, l'inventaire de la collection Patrimoines Musicaux des Juifs de France effleure le monde de la musique profane, presque par inadvertance. Un choix artistique heureux, qui, en sus de révéler ce patrimoine peu accessible au public, revisite de façon inédite les beaux thèmes des maîtres de Constantine. Pour le plus grand bonheur des amateurs d'arabo-andalou.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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