Le Nil (2012)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/02-13/lenil_front.jpg Le Nil par 3149028023824

Une rencontre de la diversité foisonnante de musiques traditionnelles, rurales et urbaines, de fusions modernistes, mais toutes irriguées par le fleuve mythique.

"Médias > Musique"
EUR 21.99
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

Le Nil

Date de parution: 
2012
Réf
types de supports: 
Longbox 2xCD
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Compiler les musiques du Nil, de l’Egypte à l’Ouganda, en passant par le Soudan et l’Ethiopie, n’a rien d’un long fleuve tranquille, des producteurs occidentaux s’y sont déjà essayés à grands renforts de prises de terrain.

Etienne Bours, lui, réunit ici des enregistrements produits, parfois exhumés, par des labels essentiellement européens, avec sa louable volonté esthétique de mêler musiques urbaines, le petit orchestre takht égyptien (oud, violon, qanun, ney, derbouka), lyres rurales, de confronter nécessairement les façons chantées et instrumentales, layali, taqsim.

Un recueil suspendu qui passe, notamment, du oudiste égyptien Hussein El Masry (Clé du Nil), de la chanteuse marocaine Aïcha Redouane (Sabâh es-sabâh), interprète du mouvement culturel égyptien de la Nahda, aux genres tambourinaires métrés tels ceux, frénétiques, de l’Ensemble Al-Tanburâh de Port-Saïd (Yâ ’âzif al-awtâr) avec ses lyres emblématiques tanburâh et simsimiyya, du groupe nubien d’Egypte, Salamat (Nuba noutou).

Cette sélection célèbre résolument les fusions quand elle donne un semblant de cohérence sonore à des compositions éparses. Juxtaposés, les cuivres modernes des orchestres du Nubien égyptien Ali Hassan Kuban (Abu Simbel), disparu en 2001) et de Mahmoud Ahmed (Enqu mèssay), pape de l’ethio-jazz, estompent leurs particularismes modaux dans un même groove enchanteur.

L’expérimentation jazzy du groupe suisse Koch Schütz Studer s’essaie par exemple à marier violoncelle et vièle rababa de la Nil Troop sur un rythme latino haché (Qissa). Sur Nuba noutou, l’assimilation des musiques nubiennes aux rythmes traditionnels de Haute-Egypte est confondante.

Les excellentes sélections des titres de Mohammed “Jimmy” Mohammed (Antchin keto, avec lyre krar, tambour kebero), mort en 2006, et Sèyfu Yohannès (Tezeta, avec saxo, trompette, batterie), disparu prématurément dans les années 1970, deux OVNI de la scène d’Addis-Abeba, apportent leur pierre à ce brouillage des codes.

Le morceau A Wish est une variation triomphale d’un ancien morceau, Escalay, du Nubien égyptien Hamza El Din (chant, oud, târ). Couronnant un chapelet de titres somptueux, cette composition brille cette fois-ci dans un écrin composé de piano et de violoncelle raffinés.

Malgré certaines absences comme du chalumeau ghaita, la beauté brute des instruments traditionnels du Haut-Nil n’est pas oubliée ici avec l’envoûtant double hautbois à bourdon arghoul égyptien du Français Jérôme Ettinger (Nessma) ou la lyre éthiopienne bagana, vrombissante sur Deggwa tsome deggwa d’Abiy Seyoum qui chante le Jugement dernier, un classique du répertoire chrétien orthodoxe

Les petites lyres sont bien circonscrites ici, comme le krar, chez Mohammed Jimmy, ou le tambur du Soudanais Mohamed Gubara (Guroosh ejdin), qui brillent par leurs riffs nerveux. Réunis côte à côte, ces interprètes talentueux révèlent chacun à sa manière les possibilités inexploitées de l’instrument nilote.

Par une approche élitiste, l’anthologie prend ici le pas sur la compilation. Son concepteur Etienne Bours a résolument joué la carte de la découverte. Les raretés de Sèyfu Yohannès et de Jérôme Ettinger, par exemple, raviront les chanceux qui avaient déjà les autres pépites.

Par Pierre d’Hérouville | akhaba.com

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