Lambros Leontaridis - Collection grands interprètes méditerranéens - Lambros Leontaridis (2006)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/07-14/lambrosleontaridis_front.jpg Collection grands interprètes méditerranéens - Lambros Leontaridis par Lambros Leontaridis EC 1923

D’amanédées exaltées en taqsims troublants, En Chordais dépoussière la discographie d’un maître méconnu de l’ère smyrneïko. Découverte.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 16
Type de produit: 
Album

Collection grands interprètes méditerranéens - Lambros Leontaridis

label: 
Date de parution: 
2006
Réf
types de supports: 
Digipack
EC 1923
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La Méditerranée de l'association culturelle En Chordais s'étend de l'Andalousie au Mazandaran ; « Mare nostrum », matrice plus fantasmée qu'assumée, qui, aux yeux de ces mélomanes de Thessalonique, préfère souvent ses influences orientales à ses origines hellènes. Dans le miroir que sont les côtes de Turquie et du Levant, la collection Grands interprètes méditerranéens se mire à l'infini de l’apport modal et systémique des Ottomans.

Issue du rebec médiéval d’Europe, la petite vièle politiki lyra survivait jusqu’alors dans les folklores insulaires de la mer de Marmara et de la mer Egée, ainsi que sur la côte orientale de la mer Noire. C'était sans compter sur l'apparition des Cafés Aman à Smyrne/Izmir et à Istanbul à la fin du 19ème siècle.

En consacrant une monographie à Lambros Leontaridis (1898-1965), instrumentiste grec émérite d'Istanbul, la collection défie la postérité incertaine, mais finalement tardive, d'un instrument si ancien. L'équipe technique du centre culturel En Chordais a retravaillé le son d'une myriade d'enregistrements 78 tours de la période faste de l'instrumentiste, de 1924 à 1937, et complète ainsi les versions reprises par son collectif musical homonyme sur le CD Grèce : En Chordais. Musique d’Asie Mineure et de Constantinople (Ocora Radio France, 2010).

Sokratis Sinopoulos nous remémore quelle fut la genèse du smyrneïko dans les Cafés Aman : « A l'apogée de l'instrument (fin du 19ème siècle, début du 20ème siècle), beaucoup de joueurs de lyra maîtrisaient les deux genres musicaux – populaire et classique – et leurs techniques respectives. » Dés les années 1920, le répertoire folklorique de l'instrument y cède effectivement aux emprunts ottomans des musiciens de cafés d’Asie Mineure, posant ainsi les fondations du genre.

Leontaridis est précisément l’un de ces interprètes, éclectiques et versatiles. Né à Istanbul, il est l'héritier d'une dynastie de musiciens chevronnés : son père Anastassios ainsi qu'Alekos Batzanos et Paraschos Leontaridis – respectivement son cousin et son frère – ont tous enregistré dès les années 1920 en Turquie.

Mais son histoire, c'est ensuite celle de la Catastrophe d'Asie Mineure (1923). Dans le sillage des accords de paix de la Grande Guerre, les résidents grecs orthodoxes de Smyrne et de toute l'Anatolie se voient contraints de refluer subitement vers la Grèce, tandis que les Turcs du Péloponnèse en font autant dans l'autre sens. Leontaridis, alors en tournée en Egypte, se trouve exilé de fait et doit s'installer bien malgré lui en Grèce dès 1923. Le genre smyrneïko des réfugiés d'Asie Mineure figure parmi les rares vertus de cet épisode de sombre mémoire.

Parvenu en Grèce, Leontaridis enregistrera pour le phonographe, spécialement pendant l'entre-deux guerres, des dizaines de pièces des deux registres. Accompagné d'une mantola et parfois d'un qanun ou d'un tympanon, son répertoire populaire consiste d'une part en danses folkloriques çiftetelli et karsilama de la région de Marmara ; de l'autre en chansons amanédées –  « manes » en grec, sortes de leyl caractéristiques du smyrneïko –, généralement en quartet. Nombre de ces formes, familières aux Grecs dès avant la Grande Catastrophe, survivent de nos jours dans le folklore grec.

En écho au coffret Grèce : En Chordais. Musique d’Asie Mineure et de Constantinople, le disque réunit des raretés smyrneïko de l'entre-deux guerres. Il est notamment constellé d'amanédées (Manes Kurdili, Ussak, Manes Ussak, Manes Humayun) où les voix de Demetris Atraïdis et d'Antonis Dalgas rivalisent d'émotion. Les castagnettes alternées sur les couplets du Katife (1930) donnent à cette pièce  de surprenants accents de qawwal pakistanais. L’amanédée Ussak restitue les enregistrements légendaires de Leontaridis avec Roza Eskenazi, la diva éternelle du smyrneiko. Acclamées, ces sessions intemporelles ont été republiées par le label Silex dans les années 1990.

Si l'on en croit Sinopoulos, la politiki lyra des Grecs était loin de démériter aussi dans l'adaptation occasionnelle de la musique classique ottomane : « Dés le début du 20ème siècle, on observe une nette préférence pour le jeu classique qui, à partir des années 1950, finira par s'imposer à tous ». Comme l'ambitus de l'instrument et sa sonorité plaintive se prêtent assez bien à la transposition d'instrumentaux soliloques, Leontaridis imite parfois jusqu'aux soupirs du takht, sur des taqsims convenus de la suite ottomane. Son jeu est d'ailleurs encore exempt de toute influence pireotiko : les extraits en traduisent une douceur d'exécution  simplement exceptionnelle. Par leur choix et par une attaque particulièrement souple, les taqsims Hitzazcar Kurdi Taqsim et Hitzaz Taqsim, parmi d'autres, imitent fidèlement le trouble des neyzen mevlevi.

Malgré tout son talent, Leontaridis s'éclipsera dans un relatif anonymat, lorsqu’on considère la concurrence de ses contemporains virtuoses du violon : Dimitrios Semsis – dit Salonikios – et Ioannis Dragatsis – dit Ogdontakis –. Signant ici le volume le plus expressif de la série Grands interprètes méditerranéens, cette rétrospective inattendue d’En Chordais lui rend justice. Tout simplement.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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