La Châdhiliyya - Chants soufis du Caire (1999)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/02-15/lachadhiliyya_chantscaire_front.jpg Chants soufis du Caire par La Châdhiliyya 794881489725

Cette confrérie austère du Caire se livre à un exercice magistral d’hymnode dans la grande tradition des muezzins syriens avec, à la clé, un enregistrement magistral des dhikrs initiatiques en réunion.

"Médias > Musique"
EUR 12
Type de produit: 
Album

Chants soufis du Caire

Date de parution: 
1999
Réf
types de supports: 
Digipack
794881489725
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Créée par Abu Hamid Salama Hasan Al-Radi (1866-1939), la Hamidiyya cairote est une émanation réformée de la branche Fasiyya de la confrérie soufie Châdhiliyya. Récemment, leurs hymnodes se sont faits connaître en Occident par des performances vocales en public, immortalisées par le label Arion. Publié en 1999, le présent CD est marqué par la performance exceptionnelle du soliste Mohammed El Helbawy.

Dans la lignée du saint fondateur tunisien Abou Hassan al-Chadhili (1197-1258), ces mourides égyptiens pratiquent les rites chantés en réunion, qu'ils conjuguent à une orthodoxie démonstrative. Leurs oraisons austères en réunion, interdites aux femmes, conservent quelques folklores contre nature.

L'étude des confréries en Egypte de Catherine Mayer-Jaouen relève que, paradoxalement, « le cheikh Salama al-Radi (...) avait interdit tambours et cymbales dans les processions de son ordre (...). Mais il maintint les bannières et emblèmes distinctifs (...), alors que la disparition de celles ci était une exigence des réformistes ».

Fidèles à cet interdit, les chœurs actuels se répandent plus encore en genres cantillés madah, ibtihal, ou Coran que les autres shadhilites. Or, sur le modèle de ses ainées soufies, la Hamidiyya polarise l'islam sur son dualisme mystique : elle plébiscite la voie ésotérique devant la pratique exotérique.

D'une main, les abords exotériques de la religion. Les piliers de l'islam, le texte révélé et la profession de Foi ânonnent ses fondements : l'Unicité d'Allah, la foi consentie et la pratique rituelle. Sur L’Appel à la prière ou la Cantillation du Coran, l'hymnode redit ces textes fondateurs avec des ornementations travaillées, non sans évoquer les enregistrements d’anthologie des muezzins syriens Hassan Haffar et Dawud Souleymane. Repris en canon, l'azan de style sultani imite ici la collision des appels simultanés dans les rues du Caire ou de Sanaa. Peu après, une succession de versets de la sourate Imran illustre les nombreuses variations tonales de la cantillation – ou tajwid – de Mohammed El Helbawy. Malheureusement, la sincérité limitée de la seule pratique exotérique est décriée par les mystiques exigeants.

Car, d'une autre main, les vérités ésotériques ne peuvent émaner que d’une compréhension aiguë de la Révélation, au-delà de ses apparences. Ici, le muezzin se fait mouride. Ses louanges poétiques – ou ibtihal – très nombreuses ici, sont certes une première voie. Parmi les secrets sémantiques du Coran, le soufi esquisse aussi la science des 99 noms par lesquels Allah y est nommé : « Le Clément », « L'Immense », « Celui qui écoute »... Telles les voies vers un sommet, sa divinité se dévoile dans chaque « beau nom » – en arabe : Asma al-Husna –. Allah a disséminé ses noms dans son livre, et au derviche à présent de les explorer tour à tour.

Les récitations Asma’u l-lahi l-husna et Al-Hadra illustrent leur expression initiatique dans le rituel. Méconnue, la première consiste, dans son essentiel, en l’époustouflante énumération cantillée des noms. Chant inimitable, libre de toute répétition mélodique, qui manifeste la beauté ineffable de l'Unicité.

Quant à Al-Hadra, il s'agit ici de la séquence répandue de quatre dhikrs rituels shadhilites : l'invitation (sourate Al-Fatiha, poèmes), suivi des dhikrs respectifs des noms « Hu » (Lui), « El-Hayy » (Le Vivant), et « Al-Qayyum » (L'Eternel). La répétition gutturale de chaque nom dans un mouvement hyperventilatoire, rythme ici en motif les vers qui l’exaltent.

Au cœur du rituel, ces fantastiques polyphonies de hadra parfont l'édifice du répertoire vocal confrérique. Un temps fort du disque, qui précède chronologiquement deux autres prises très semblables : la hadra Imara Alawiya (Soufis d’Algérie, Prophet) et le daïra de la Shadhiliyyah Yashrutiyyah (Chants soufis des Comores, Buda Musique).

Enfin, l’interdit sur les instruments de musique caricature le Mawlid al-nabawi al-sharif d'Al-Radi qui suit. Récit notoire de la naissance du Prophète par des chœurs et des tambourins dans nombre d’ordres, sa cantillation magnifique démontre ici, s’il le fallait encore, la proéminence du soliste dans ce chœur hamidite.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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