L’Hijâz’Car - L’Hijâz’Car (2014)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/05-14/hijazcar_front.jpg L’Hijâz’Car par L’Hijâz’Car 602537692651

Le quintet Hijâz’Car est à la croisée du jazz oriental et de la musique contemporaine. Leur premier opus est un album aux ambiances fébriles ; autrement dit une promesse à lui seul.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 13
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

L’Hijâz’Car

label: 
Date de parution: 
2014
Réf
types de supports: 
Digipack
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On avait entendu certains d'entre eux sur quelques rares B.O. La critique avait encensé leur groove moderne en featuring des projets atypiques Cavaliers de l’Aurès et Sha'Ir Majnûn. Leur premier concept-album est une promesse à lui seul.

Tel un train lancé, le quintet strasbourgeois Hijâz’Car caracole de rencontres musicales en expériences jazz-orientales depuis bientôt quinze ans. Au rythme fiévreux des instrumentaux de Grégory Dargent, la puissance de cette formation, son énergie, bousculent un genre assoupi.

Ses mélodies efficaces et simples, pour commencer. La plupart de ces titres s’emballent à l’unisson autour d'un thème entêtant. L'orient de l'Hijâz’Car est davantage celui, insomniaque, de Midnight Express que l’onirisme de Daramad ou de Shusmo. Frénésie épique qu’on a connue chez Fred Frith ou, dans un autre genre, chez les frères Khoury. Mais sur les tons autrement étranges, ici, d’intervalles dissonants à la croisée du cool jazz et de l'ambassèl. Autant dire, un été à Taksim plutôt que Sur un marché persan.

La dissonance, oui. Pas l’absurde. La clarinette basse, l'inhabituelle vièle moderne tarhu et la contrebasse déconstruisent en chœur ces airs fêlés en trompe-l’œil. Tessitures inhabituelles. Expirations. Ambiances tout au plus familières aux amateurs de Morphine ou d’Olivier Messiaen. Musique contemporaine épurée, sans chichi ni instruments préparés.

Dans cet univers, l'étrange fait irruption au détour d'un quintoiement en sourdine (We all scream for ice cream). Chaque instrument, virtuose, grince de ses bruits les plus intimes. De ses gargouillements. Détraqué progressivement par l'élision, puis la réapparition du contretemps, le motif d’Istanbul, sur ma dérive asiatique bruisse tout entier en une allitération de locomotive lancée. Ailleurs, le beat inattendu de valse amorce une transition du thème.

Plutôt que la juxtaposition incongrue, c’est plutôt ici une sensation douce-amère, harmonieuse. Fluide. Un frisson éthio-jazz transposé aux cordes, survitaminé au café au gingembre. Avec ses phrases claironnantes, façon Kashmir ou Live and let die, ce disque est aussi une mine de jingles décapants pour les talk-shows des vingt prochaines années.

A chaque titre, le groupe haletant donne, après plusieurs minutes, une rupture thématique radicale, comme un second mouvement. Or, depuis Newton, on n'arrête plus une telle cavalcade sans en conserver l’énergie. Chaque aparté, a priori non métré, soutient encore la tension d'enfer qui précède : par exemple par la pulsation, cardiaque, de la contrebasse (Igor Noir) ou de la clarinette basse.

Ce break essoufflé préfère l'improvisation moderne au taqsim. Les rares silences se confrontent aux solos innovants, parfois free-jazz. Roucoulades de la clarinette basse. Divagations du tarhu. Transition. A cet instant précis de l'Igor Noir, l'oud de Grégory Dargent s'affole aussi dans une course époustouflante, qu’on aurait prêtée, il y a quelques années, au luthiste Smadj. Ne boudons pas notre plaisir, quand –  cocorico – la scène jazz française se découvre un oudiste de cette trempe.

A leurrer notre esprit dans son dédale de surprises, ce langage entre jazz et musique contemporaine est tricky en diable. Jimi Hendrix ? Nigel Kennedy ? L'égarement momentané du tarhu sur We all scream for ice cream fausse compagnie à l'astucieuse confusion des genres qui, ni vu ni connu, prévalait jusqu'alors.

Tyran Irak est, en quelque sorte, construit dans le mouvement inverse des titres précédents… que son compositeur soit clément pour ce raccourci ! On imagine sans peine le potentiel cinématographique de cette musique en cavale, toujours à contre-pied. Sa facilité à nous tenir surpris. Avec une telle maturité, le vrai-faux premier album de l’Hijâz’Car poursuit sa course plus qu'il ne la débute. Reste à en inventer le chant.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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