Kreiz Breizh Akademi - 5ed Round (2015)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/04-16/5edround_front.jpg 5ed Round par Kreiz Breizh Akademi 3521383433263

Pour le 5ed Round de l’inaltérable Kreiz Breizh Akademi, les chants à réponses de Basse Bretagne swinguent élégamment avec des cordes frottées aux fragrances moyen-orientales.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 0
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

5ed Round

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Date de parution: 
2015
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types de supports: 
Digipack
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Après Norkst en 2006, Izhpenn 12 en 2010 et Elektridal en 2011 – tous trois ayant fait l’objet d’une parution en coffret fin 2012 –, la Kreiz Breizh Akademi, dirigée par Erik Marchand et son association DROM, consigne sur support discographique son cinquième projet, précisément nommé 5ed Round, c’est-à-dire cinquième round, ou rond, en référence à une danse nord-finistérienne. (Oui, vous avez bien compté, il en manque un, à savoir la création de la KBA #4, Lieskan, consacrée aux voix. On n’y peut hélas rien…).

Poursuivant son objectif de formation à l’usage de musiciens professionnels en s’appuyant à la fois sur la musique et le chant populaires de Bretagne et sur la transmission des règles d’interprétation de la musique modale en matière de rythme, de variation et d’échelle, la Kreiz Breizh Akademi s’est focalisée avec 5ed Round sur les cordes frottées : quatre violons, deux violoncelles, une contrebasse, une gadulka et une vielle à roue. S’y ajoutent un percussionniste et, tradition bretonne du chant à réponses oblige, deux voix.

Toute aussi atypique que les précédentes créées par la Kreiz Breizh Akademi, cette formation prend l’allure d’un orchestre à cordes occidental, mais qui, avec l’intrusion d’une vielle et d’une gadulka, évoque un ensemble moyen-oriental dont il exploite les formes musicales, s’investit dans la pratique de l’improvisation, tout en se confrontant au répertoire vocal de Basse-Bretagne (gwerz et kan ha diskan).

Ainsi, les chansons de 5ed Round racontent des histoires d’amour à faire pleurer, à la fois tragiques et pittoresques – telles les aventures de Mari louiz et de son fiancé qui s’étalent sur trois morceaux –, évoquant des faits de (micro-)société comme l’attirance des jeunes femmes pour l’eau de vie, les ravages des épidémies de peste au XIVe siècle, la réputation satanique de la danse traditionnelle, ou encore ravivant le mythe d’Adam et Ève dans une version peu orthodoxe.

Le duo de chanteurs Youenn Lange et Janlug er Mouel incarne l’ancrage incorruptible dans la tradition bretonne, à partir duquel les dix musiciens ont travaillé les échelles, les tempéraments, les lignes et les variations mélodiques, et les formes rythmiques spécifiques à ce répertoire, en s’appuyant notamment sur la théorie musicale savante du maqam syrien, et en développant la pratique de l’improvisation sur un mode donné.

Le long des douze pièces qui composent cet album, les cordes frottées rivalisent de contorsions et de modulations audacieuses dans des gammes utilisant les quarts de ton pour exporter la matière bretonne au-delà de ses frontières terrestres et maritimes, distillant de fortes fragrances du Moyen-Orient, des arômes du Maghreb, voire des réminiscences de musique baroque. On entend chanter breton, mais on se croit à Alger, à Istanbul ou à Damas.

Avec la contrebassiste Hélène Labarrière pour conseillère artistique et la participation aux arrangements et compositions de grands noms des musiques modales issues d’autres cultures – Ross Daly, Fawaz Baker, Camel Zekri, Dominique Pifarély, Iyad Haimour… –, le répertoire de la KBA#5 place la barre très haut sans donner l’impression de forcer ni de pousser. On imagine pourtant que le labeur qui a présidé à cette création implique une prise de risques de tous les instants pour les musiciens et chanteurs impliqués.

Le décloisonnement des musiques traditionnelles mis ici à l’œuvre relève d’une démarche expérimentale dont on pourrait craindre qu’elle commette des impairs, mais elle a surtout le mérite de réhabiliter l’exploitation des mesures impaires.

Ces pointages de convergences et de ramifications entre des mondes géographiquement et culturellement éloignés obligent à reconsidérer nos approches d’écoute. C’est dire si, plus que jamais en cette époque de crispation culturelle, le travail de la Kreiz Breizh Akademi s’avère crucial et déterminant.

Et il ne risque pas de s’arrêter en si bon chemin, puisqu’on sait d’ores et déjà que la KBA #6 sera tournée cette fois vers les musiques électro-acoustiques.

Par Stéphane Fougère | Ethnotempos, avril 2016

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