Konono N°1 - Konono N°1 Meets Batida (2016)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/05-16/konono_batida_front.jpg Konono N°1 Meets Batida par Konono N°1 876623007340

Derby entre les Congolais de Konono N°1 et Batida, DJ luso-angolais d’électro afro-portugaise. Pour ce match à l’extérieur, le « junkyard orchestra » de Kinshasa déjoue les pronostics et s’envole vers les dancefloors.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 0
Type de produit: 
Album
selection akhaba.com

Konono N°1 Meets Batida

label: 
Date de parution: 
2016
Réf
types de supports: 
Digipack
876623007340
0

Énième putsch à Kinshasa ! Dans les pas du producteur radiophonique Bernard Treton (Musiques urbaines à Kinshasa, Ocora, 1987), la collection Congotronics ourdit la retraite anticipée des papes de la musique congolaise. Parmi les meilleurs groupes du faubourg Ndjili, les découvreurs du label belge Crammed Discs extraient cet antidote aux outrages ndombolo ou aux gospels qui encombrent cette scène. Déjà Cultes, ces fossoyeurs de la rumba se nomment Konono N°1, Kasai Allstars ou Sobanza Mimanisa. Aidés de la Fée Électricité, cela va s’en dire.

Des bas-fonds de Kinshasa à ceux de Dar es Salam, l'amplification bricolée d'authentiques rythmes ethniques enfante ces dernières années de genres à danser électrisés, alternativement amalgamés sous des étiquettes fourre-tout « tradi-moderne » ou « junkyard orchestra ». Une success story toute tracée par exemple par le coupé-décalé ou le kuduro, à présent passés mainstream. A Ndjili, faubourg des ferrailleurs et des migrants angolais, le style de l’Orchestre Tout Puissant Likembe Konono Nº1 éclipse à son tour les errances passées de l’Orchestre Swede-Swede. Il réinvestit les traditions des ethnies Bazombe ou Bakongo méconnues et métamorphose le jeu des pianos à pouces likembe en une fièvre communicative. En Konono N°1, cette nouvelle filière kinoise s'est trouvé un chef de file tout désigné. Ainsi nait l’album Congotronics  (Crammed Discs, 2004).

Une expérience indicible. Dans cet univers sonore d'ondes extraterrestres entêtantes et d’effets martelants de cloches tribales, le producteur Vincent Kenis décèle pêle-mêle « mélodies liquides », « gammes non tempérées », ou bien encore la « distorsion harmonique fracassante » de mégaphones trafiqués. Le son saturé porte, outre la distorsion, l'empreinte brute d'instruments en matériaux de récupération. Plus proches musicalement du balafon que des paléo-futuristes anglo-saxons, ses boucles impriment à l’auditeur un mouvement invincible de danse, voire de « tweakings ». Leur dissonance, adoucie par le likembe, rend leurs arpèges imprédictibles à nos oreilles. Et ça leur plait. Les producteurs du label concèdent aux aficionados de musiques électroniques et industrielles, accourus, des similitudes « purement fortuites ».

Quatre albums plus tard, la recette a fait ses preuves. Konono N°1, désormais célébré, aspire à de nouveaux horizons. Succédant à son père Mingiedi Mawangu (1930-2015), Augustin Makuntima Mawangu entraine désormais la formation sur une trajectoire plus urbaine, dont témoignent les featurings récents Karibu Ya Bintou pour Baloji (Kinshasa Succursale, Crammed Discs, 2010) et Malukayi avec Mbongwana Star (From Kinshasa, World Circuit, 2015). A son tour, ce Konono N°1 Meets Batida ambitionne une fusion avec les machines du DJ luso-angolais Batida, alias Pedro Coquenão, révélé par ses collaborations récentes avec des groupes afro-portugais.

Batida/Konono N°1, un duel a priori inégal. On pouvait craindre du DJ une récidive des concassages de samples et de participations de l'album Dois (Soundway Records, 2014). Tout compte fait, le train d'enfer des boites à rythmes kuduro phagocyte les cloches et percussions archaïques. Ce faisant, les morceaux en tirent effectivement l'énergie néo-tribale attendue, tandis que bruitages et exergues répétés de chant traditionnel renforcent cette étrange impression de ngoma surproduit.

Dans un premier temps, avec Tokolanda, le producteur lisboète effeuille l'écheveau musical des pianos à pouces. Le multipiste déconstruit leur jeu imbriqué (interlocking) pour réagencer les voix en un nouveau groove. Yambadi Mama est un autre exemple de trompe-l'œil, où le patchwork sonore des pistes bouscule les arrangements habituels des Kinois. Morceau après morceau, les rythmes obsédants invitent alternativement au semba de Luanda (Um Nzonzing) ou à des parties de cache-cache  étourdissantes avec les interventions lusophones lancinantes du MC originaire de Guinée-Bissau, Alexandre Francisco Diaphra (Nlele Kalusimbiko) ou de Batida lui-même (Nzonzing Familia).

Le flou quintessentiel du son Konono résiste bien à ce toilettage hi-tech. Au nom de son respect affiché pour le groupe culte et du fait de ses origines angolaises, soucieux de ne pas trop dénaturer la texture, Batida a eu la main moins lourde que celle de Mark Ernestus, Burnt Friedman et autres contributeurs des deux volumes de Tradi-Mods vs Rockers - Alternative Takes on Congotronics sortis en 2010. Derrière leur beat électro kuduro, Nlele Kalusimbiko et Kinsumba arborent la marque reconnaissable des hits des Kinois.

En sus du jeu solo du likembe, c'est tout le potentiel de ce « Konono V2 » qu'Augustin Makuntima Mawangu a libéré. Tel le papillon dans sa chrysalide, Paradiso (Congotronics, 2004) laissait augurer une mue du groupe. Augurons que cet album collaboratif, résolument tourné vers le public occidental, sera son ascenseur vers les dancefloors.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

extract1: 
Mots Cles
portrait: 
Partager | translate
commentaires