Kalimba & Kalumbu Songs - Northern Rhodesia 1952 & 1957 (1998)

http://www.akhaba.com/sites/default/files/covers/01-15/kalimbakalumbusongs_front.jpg Kalimba & Kalumbu Songs - Northern Rhodesia 1952 & 1957 par 9789077068083

Parmi les premières prises d’Hugh Tracey, les intervalles des pianos à pouces sont la clé d’un monde musical parallèle, découvert tardivement par les occidentaux.

label: 
"Médias > Musique"
EUR 13.5
Type de produit: 
Album

Kalimba & Kalumbu Songs - Northern Rhodesia 1952 & 1957

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Date de parution: 
1998
Réf
types de supports: 
CD
9789077068083
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Dès son émigration en Afrique du Sud dans les années 1920, Hugh Tracey (1903-1977) se passionne pour le piano à pouces mbira dans la musique traditionnelle d’Afrique australe. Sa vocation est née. Bientôt familier des variantes rhodésiennes – kankobela, kangombio... – le musicologue en herbe invente et commercialise vers 1954 sa version diatonique : la kalimba. A son tour, son fils Andrew persévèrera dans cette recherche originale. A cet égard, intituler les enregistrements ethniques de Tracey Kalimba & Kalumbu Songs brouille un peu les pistes. Et la quasi-absence de l'arc musical kalumbu n'est pas pour éclairer l’auditeur.

Instrument-roi des peuples d'Afrique australe, le piano à pouces y vibre d'une musicalité extraterrestre, attribuée aux harmoniques « anharmoniques » des lames en vibration. Notre ouïe s'intrigue de ces ondes disgracieuses, discordantes ou amorties. Un langage lointain, à la prononciation indicible, une sensation rêche quelque part entre le steel-drum et les idiophones indonésiens en bambou comme l’angklung ou le rindik.

Outre l’usage magico-religieux qu’en font traditionnellement les shona, c’est aussi l'instrument des chansonniers amateurs de l'ancienne Rhodésie. Les ethnies tonga, lunda, lala, mbunda, lozi l’y déclinent sous une foultitude de variantes et de patronymes. Et partout, elle prodigue à leur chanson légère, fût-elle responsoriale, scat ou parlando, un tissu mélodique bien venu. En 1952, puis en 1957, Tracey a traqué ces amateurs dans les villages et les mines de la Copperbelt.

Au fil de ses rencontres, le compilateur se fend d'une typologie de ces jeux instrumentaux, ethnie après ethnie. Et par là même, d’une palette de tessitures variées, allant, au gré des« accidents de fabrication », du métal battu (Bena Kazembe Balitumpa, Bata Wasunga Mulundu) au bambou creux (Maulu Maulu kakusike kumwebe). Sur Sicembe, Michael Baird, le curateur de la collection SWP, relève l’influence centrafricaine du likembe sur le jeu des Bemba.

Une musique au demeurant très riche sur le plan mélodique, nous disent les musicologues Paul Berliner et Gerhard Kubik. Le jeu à deux pouces promet, à l'instar du piano à deux mains, une superposition tout à fait audiogénique de deux thèmes – ou davantage, avec plusieurs joueurs – en polyrythmie. Un piano où les mains se répondent, donc. Alors qu'un pouce dessine en sourdine un ostinato arpégé, son vis-à-vis y entrecroise des attaques aiguës du meilleur effet. De ces motifs, Baird précise qu’« il y a un lien fort entre leur perception et la qualité tonale des langages africains. »

L'effet mélodique culmine sur le thème complexe de Bata Wasunga Mulundu. Dans un jeu aussi cyclique, l'impromptu surgit d’éventuelles syncopes des attaques, ou, chez les Lozi, de transgressions occasionnelles du thème. Répétés par le chant, les airs de Shendamundale Banana et de Nisoya Na Shingola excellent par exemple de cette créativité lozi.

Un second effet sonore bien connu consiste à laisser friser vivement les lames en un drone à la sonorité sèche. Les produire est aisé, par exemple avec des lamelles végétales, des capsules ou encore un gainage artisanal des lames. Sous nos cieux, ces sonorités peu harmonieuses nous paraissent aussi incongrues que le claquement de langue des Bushmen. Dans l'ancestrisme shona, ces susurrements volontaires des lames signifiaient traditionnellement la présence des ancêtres. En 1952, le son est encore prisé, manifestement, par certains chansonniers tonga (Mwima Nonge) et mbunda (Sitima Senda Namoto, Tambuka Nalikishi). Tracey occultera cette esthétique consonante lorsqu'il popularisera la kalimba diatonique auprès du public occidental.

Le tintement accéléré de l'arc musical kalumbu traverse fugitivement ce paysage d'onomatopées végétales et métalliques. Les rengaines Takundambi Kumulumi Wako et Chembere Luimbolo des petits bardes tonga s’enfièvrent par exemple sur trois notes martelées. Un faire-valoir pour les intervalles chaque fois inattendus de leur chant syllabique.

Michael Baird parle en connaisseur, puisque, quarante ans après Hugh Tracey, il réalisa à son tour une importante collecte de pianos à pouces chez les Tonga – The Kankobela of the Batonga (SWP 036 et SWP 039) – une double monographie qui donne un écho réactualisé à l'inventaire de son prédécesseur.

La qualité technique des prises d'époque n'a rien à envier à celles de Baird. Pour les compiler, le principal embarras de SWP, parmi tant de sources généreuses, était celui du choix. A la fin du jour : une palette de sons enchanteurs, surenchérissant les contrastes à chaque titre. A chacun de ces impromptus hypnotiques, les sens sont comme piégés. L’envoutement n'en est pas sans rappeler les grandes heures de la collection Ocora en Afrique de l’Ouest.

Par Pierre D’Hérouville | akhaba.com

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