Cette compilation réunissant en 2008 une dizaine de groupes fait le tour de la musique plus ou moins modernisée berbère du Mali et du Niger et est accompagnée par un livret détaillé et bien construit. Douze chants d’opposition et d’identité dont les motivations trouvent leurs racines dans la rébellion des Tamasheks qui, depuis une première révolte en 1963 au Mali, se soulèvent régulièrement contre la discrimination et l’oubli que leur font subir les pouvoirs malien et nigérien.
Berbères sahariens partagés entre, outre Mali et Niger, Algérie, Libye et Burkina Faso, les Tamasheks, ou Touaregs, inventent le mot ishumar, du français chômeur, pour évoquer ces familles entières qui partent chercher du travail au nord du Sahara ou s’entassent dans des bidonvilles dans l’espoir d’un quelconque emploi. La jeunesse touarègue fait du terme ishumar, son slogan de ralliement qu’expriment ici les chants lancinants de vétérans de la rébellion des années 1980 (Tinariwen, Terakaft, Toumast) et aussi de jeunes recrues (Tamikrest, Omar Moctar dit Bambino).
inariwen, le groupe malien pionnier d’Ibrahim Ag Alhabib, qui s’est découvert musicien en maniant la Kalachnikov dans un camp d’entraînement libyen, compose deux blues aux guitares prenantes, telle la transe. Leur morceau Sawt el-wahuch, le chant des fauves, donne bien la teneur de ce recueil où la musique balance entre lancinement et accélération.
Guitares, claquements de mains, sonorités blues, rock, parfois funky, composent une musique inédite sous cette poésie des sables qui nous fait découvrir surtout les groupes nigériens tels Etran Finatawa, mêlant leur culture à celle des Peuls Woodabés, la voix ample de Koudede, ou le folk charmeur de Hasso Akotey.
Par Hadi Omar | akhaba.com










